Essaouira, port atlantique marocain anciennement appelé Mogador, est le centre historique de la marqueterie de thuya et de l'orfèvrerie au filigrane, deux savoir-faire encore pratiqués dans ses ateliers.
La ville actuelle a été reconstruite à partir de 1764 sur décision du sultan Sidi Mohammed ben Abdallah, qui voulait un port de commerce dessiné d'un seul tenant ; sa médina est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2001. Cette histoire de fondation explique son plan régulier, inhabituel au regard des médinas anciennes évoquées dans notre guide des savoir-faire marocains, et sa vocation de place d'échange tournée vers l'extérieur.
Le thuya
Le thuya de Barbarie pousse dans l'arrière-pays. Les ateliers en travaillent surtout la loupe, excroissance de la souche au fil tourmenté, débitée en fines plaques puis assemblée en marqueterie avec des bois clairs et des filets de nacre ou de métal. Le bois est odorant, dense, et se polit sans vernis épais. Coffrets, plateaux, échiquiers et boîtes à charnière constituent l'essentiel de la production. Le repère de qualité tient à l'ajustement des filets : ils doivent être continus, sans jour ni mastic de rattrapage.
L'orfèvrerie et les ateliers juifs
Essaouira fut aussi une place d'orfèvrerie, portée jusqu'au milieu du XXe siècle par une communauté juive nombreuse dont les ateliers pratiquaient le filigrane, technique de fils d'argent étirés, torsadés puis soudés en résille. Le départ de ces familles a fait disparaître une partie de la chaîne de transmission ; la technique s'est maintenue ailleurs, notamment autour de l'argent de Tiznit. Comme dans les autres villes de métier, l'atelier reste organisé autour d'un maâlem qui forme ses apprentis, sur le modèle qu'on retrouve à Fès ou à Tanger.
L'erreur fréquente : une ville balnéaire
Essaouira est aujourd'hui d'abord connue pour son vent, ses plages et ses festivals. C'est une image partielle. Le port, les remparts et le quadrillage de la médina renvoient à une fonction commerciale et artisanale, et les ateliers de bois y sont regroupés depuis longtemps dans un quartier identifiable. Réduire la ville à sa côte fait manquer ce qui s'y fabrique encore.
Les autres marqueurs régionaux complètent le tableau : la fibule tizerzai pour la parure, le fondouk comme lieu de stockage et d'atelier. Sur nos sacs marocains, c'est surtout ce goût de l'assemblage net qui sert de référence.