Le jacquard est une technique de tissage dans laquelle chaque fil de chaîne est commandé individuellement, ce qui permet d'inscrire le motif dans la structure même du tissu au lieu de le déposer sur sa surface.
Le nom vient du mécanisme qui pilote les fils un à un, et il désigne aujourd'hui aussi bien la machine que l'étoffe obtenue. Le guide des matières de maroquinerie le range parmi les tissus à motif construit, employés pour les doublures façonnées, les rubans, les bandeaux, les caftans et les foulards, par opposition aux motifs imprimés ou enduits.
Comment on le reconnaît
Le test décisif se fait à l'envers. Sur un jacquard, le motif se lit également au dos, en négatif : les couleurs s'inversent et les flottés de fils apparaissent, mais le dessin est là, parce qu'il résulte de l'entrelacement. Sur un tissu imprimé, l'envers reste uni ou n'en montre qu'un fantôme délavé. Deuxième indice, à la loupe : les contours du motif suivent la trame en petits escaliers, alors qu'une impression donne des bords continus, indépendants des fils. Troisième indice, au toucher : le jacquard présente un relief léger, les zones du motif ne renvoyant pas la lumière comme le fond. Cette différence de brillance vient souvent d'un changement local de structure, par exemple un passage en armure satin, dont les longs flottés créent un effet lustré ; un fil métallisé (lurex) peut également être introduit pour souligner un tracé.
L'erreur fréquente : le confondre avec une impression
Vue de face, une impression bien exécutée imite convaincamment un motif tissé, et la confusion est fréquente sur photo, où l'envers n'est jamais montré. La distinction n'est pas cosmétique, car elle change le vieillissement de la pièce. Un motif imprimé repose sur une couche de pigment posée en surface : il s'estompe au frottement et au lavage, et une usure locale efface le dessin. Un motif tissé ne peut pas s'effacer, puisqu'il n'existe pas de couche à retirer ; il vieillit avec le tissu, en perdant éventuellement de l'éclat, jamais son tracé. En contrepartie, le jacquard est plus sensible à l'accroc : un fil tiré déplace le motif localement et laisse une boucle qu'il ne faut jamais couper, mais ramener délicatement sur l'envers.
Ce que ça change à l'usage
Sur une doublure de sac, un jacquard tient mieux la répétition des frottements qu'un imprimé, et il ne déteint pas sur le contenu. Sur un accessoire d'habillement, il apporte du corps et une tenue que l'impression ne donne pas. Il faut en revanche accepter un tissu un peu plus lourd, puisque la construction du motif ajoute de la matière : la valeur se lit dans le grammage, qui augmente sans que la solidité de la structure change pour autant. Quelques précautions valent d'être retenues : éviter les surfaces rugueuses et les velcros, ne pas repasser à sec sur les fils métallisés, et se rappeler que des phénomènes distincts touchent les autres composants d'un article, comme le jaunissement UV des teintes claires, la libération de nickel des ferrures ou le comportement d'une fibre artificielle telle que le lyocell. À ne pas confondre non plus avec la microfibre, qui désigne une finesse de filament et non une façon de tisser. Des doublures façonnées de ce type accompagnent certains sacs en simili cuir PU et articles de petite maroquinerie.