La microfibre, en maroquinerie, est un non-tissé constitué de filaments synthétiques ultrafins enchevêtrés puis imprégnés de polyuréthane, dont la structure imite celle du réseau de fibres d'une peau animale et qui constitue aujourd'hui le haut de gamme des matières d'enduction sans matière animale.
Ce n'est donc ni un tissu ni un simple film. La différence avec une enduction ordinaire tient au support : au lieu d'appliquer une couche de polyuréthane sur un support textile tissé ou tricoté, on fabrique un feutre de filaments d'une finesse extrême et l'on fait pénétrer le polymère dans toute son épaisseur. Le guide des matières de maroquinerie range cette famille à part, parce qu'elle se comporte différemment à la coupe, au pli et au vieillissement.
Comment on la reconnaît
Une microfibre se juge sur la tranche. Coupée, elle présente une section homogène, sans démarcation nette entre une couche de surface et une trame textile : c'est le contraire d'une enduction classique, où l'on distingue à l'œil le film et son support. Elle se plie en formant des ondes souples plutôt que des angles vifs, revient sans marque et ne blanchit pas au creux du pli.
Elle existe en deux finitions. Lisse, elle prend un grain et un toucher proches d'une peau pleine fleur. Grattée, elle donne un aspect suédé velouté, avec un sens de poil visible quand on passe la main. Sa résistance à l'abrasion est ce qui la distingue le plus nettement des enductions d'entrée de gamme : les angles de fond et les zones de frottement de bandoulière tiennent plus longtemps avant de montrer un support.
Les deux confusions à éviter
La première est le chiffon microfibre du commerce. Le mot est le même, la logique aussi — des filaments très fins —, mais l'objet n'a rien à voir : un chiffon est un textile non imprégné, conçu pour capter la poussière par capillarité. Une microfibre de maroquinerie est une matière structurelle, imprégnée de polymère, destinée à être coupée et cousue. Nettoyer l'une avec l'autre est possible ; les confondre conduit à croire qu'un sac « en microfibre » serait un article en chiffon compressé.
La seconde confusion est celle du daim animal. Une microfibre suédée en reprend le toucher et le rendu de lumière, mais elle n'est pas une peau : elle ne se rétame pas, elle ne se nourrit pas, et elle ne réagit pas à l'eau de la même manière. À l'usage, la conséquence est plutôt favorable — un article suédé synthétique se brosse à sec, ne tache pas au premier contact avec la pluie et ne durcit pas en séchant. Il faut en revanche le protéger comme toute matière enduite : rangé plié sous contrainte contre un autre plastique, il peut subir une migration de plastifiant ; stocké humide, il laisse la moisissure s'installer sur son cœur fibreux.
Deux repères pour situer la matière dans la famille des alternatives véganes : elle n'est ni un textile d'habillement comme la mousseline, ni une matière biosourcée en développement comme les revêtements à base de mycélium. C'est une matière industrielle mature, disponible en volume, que l'on retrouve sur les sacs en simili cuir végane les plus sollicités et sur la petite maroquinerie de poche, là où le frottement est quotidien.