Khamsa : définition et origine

La khamsa est la représentation d'une main ouverte à cinq doigts, signe apotropaïque partagé de longue date au Maghreb par les communautés musulmanes et juives.

Le mot vient de l'arabe khamsa, « cinq ». Le motif se retrouve gravé sur les portes, frappé sur les bijoux, brodé sur les étoffes, peint sur les murs : partout où il s'agit d'écarter le mauvais œil. Il appartient au fonds commun des signes du Maghreb et circule dans les mêmes ateliers que les autres motifs décrits dans le vestiaire marocain et son répertoire ornemental.

Un signe partagé, pas une marque d'appartenance

La khamsa n'appartient à aucune communauté en particulier. Elle est employée par les familles musulmanes comme par les familles juives du Maghreb, sur des objets identiques, ce que confirme l'orfèvrerie : les ateliers de l'argent de Tiznit travaillaient pour l'ensemble de leur clientèle. Elle voisine avec d'autres signes de protection — le coquillage cauri cousu sur les coiffes et les parures, les marques du tatouage amazigh — et plus largement avec le motif amazigh géométrique, qui obéit à la même logique : un signe qui protège avant d'orner.

L'erreur fréquente : dire « main de Fatma »

L'appellation main de Fatma est une désignation tardive. Elle a été largement diffusée par les voyageurs, les collectionneurs et le commerce européens au XIXe siècle, avant d'être reprise en français comme si elle était le nom d'origine. Les usages locaux, eux, disent khamsa. Employer le mot juste évite de rattacher à une seule figure religieuse un signe qui, sur le terrain, traverse les confessions.

Le glissement est le même que pour d'autres objets renommés par le marché. Le khelkhal devient un simple bracelet de cheville décoratif. Le kilim emprunte un mot turc pour des tissages qui portent un autre nom au Maroc. La laine bergère désigne une catégorie commerciale française plutôt qu'une toison identifiée. À l'inverse, dans la kissaria, le marché couvert des étoffes, le vocabulaire d'atelier reste en usage.

Ce que cela change à la lecture d'un objet

Sur une pièce, la khamsa se lit d'abord par sa symétrie : main stylisée, cinq doigts souvent d'égale longueur, parfois un œil ou une rosace au creux de la paume. Les doigts peuvent pointer vers le bas, ce qui n'a rien d'une anomalie. Une pièce d'atelier ancienne porte les irrégularités du tracé à la main ; une reproduction industrielle donne un trait net et strictement répété. Sur un accessoire contemporain, le motif fonctionne comme citation graphique et non comme objet rituel : une distinction utile quand on regarde des sacs marocains d'inspiration traditionnelle, réalisés en simili cuir PU.

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