Sabra : définition et origine

Le sabra est le nom donné au Maroc à un fil très brillant vendu sous des appellations évoquant le cactus ou une fibre végétale précieuse, alors que la quasi-totalité des articles ainsi étiquetés sont en viscose ou en rayonne mercerisée.

On le rencontre partout dans le commerce qui entoure le vestiaire marocain : coussins, tentures, passementeries, écharpes et couvre-lits des souks en sont largement faits, sous une appellation qui ne correspond pas à ce que la main tient.

Ce que dit l'étiquette, ce que dit la fibre

Viscose et rayonne sont des fibres cellulosiques artificielles : on part d'une matière végétale, généralement de la pâte de bois, que l'on dissout chimiquement avant de la reformer en filaments continus. Le procédé produit un fil parfaitement régulier, très lisse, à l'éclat marqué — un éclat qui vient de la surface du filament, non d'une origine noble. La mercerisation accentue encore ce brillant. Rien dans cette chaîne ne relève de l'agave, et rien n'en fait une fibre animale.

La véritable fibre d'agave existe bel et bien, mais elle reste marginale dans ce commerce. Son comportement est l'inverse : longueur limitée, main plus sèche et légèrement rêche, irrégularités visibles, éclat plus sourd. Un écheveau parfaitement homogène, souple et froid au toucher n'est pas une fibre d'agave — c'est un cellulosique artificiel.

Comment le reconnaître en main

Trois indices simples. Le fil est froid et glissant, sans l'accroche d'une fibre naturelle courte. Le brillant est constant sur toute la longueur, sans variation d'un brin à l'autre. Le fil est enfin très uniforme d'épaisseur, ce qu'un filage à partir de fibres courtes ne donne jamais. C'est exactement l'écart que l'on observe entre un tissage de laine bergère, irrégulier et vivant, et une pièce en sabra, régulière et lustrée — écart tout aussi net avec les chutes textiles nouées du tapis boucherouite, ou avec les lanières de raphia, qui sont des rubans de palme et non des filaments.

Ce que cela change à l'usage

La viscose perd une part importante de sa résistance à l'état mouillé : un lavage en machine, essorage compris, suffit à distendre un tissage ou à casser des franges. Elle se froisse aussi facilement, et ses teintes vives peuvent migrer au premier contact humide, sur une doublure claire comme sur un vêtement. Lavage à la main, à froid, sans tordre, séchage à plat à l'ombre. Bien traitée, la matière tient très correctement ; c'est l'appellation qui trompe, pas la qualité. Le même réflexe de vigilance vaut face aux étiquettes des sacs berbères, du safran de Taliouine, des broderies de Salé ou d'un sarouel présenté comme traditionnel : lire la composition avant le nom commercial. Chez Maison Tanger, les matières sont annoncées telles quelles, à commencer par le simili cuir PU (polyuréthane), sans matière animale, des sacs marocains.

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