Le boucherouite est un tapis marocain noué à partir de chutes de textiles récupérés, dont le nom vient de l'expression bu sherwit, le morceau d'étoffe déchiré.
Il se distingue immédiatement des tapis de laine par sa matière hétérogène et sa polychromie sans règle apparente. Le guide du vestiaire marocain le rattache aux textiles domestiques, faits pour l'intérieur de la maison plutôt que pour la vente.
Comment on le reconnaît
La trame est en coton ou en laine, mais le velours est fait de bandes découpées dans des vêtements usés, des draps, des bas, des sacs de plastique tressés, parfois des fils lustrés vendus sous le nom de sabra. Les couleurs se juxtaposent sans hiérarchie, les épaisseurs varient d'une rangée à l'autre, la surface est irrégulière au toucher. Contrairement au kilim, tissé à plat et sans velours, le boucherouite est bien noué : la matière tient par la boucle, non par le seul entrecroisement.
Une pratique récente, pas un art ancestral
Le récit commercial en fait volontiers une tradition immémoriale de récupération. C'est inexact. La technique du nouage est ancienne, mais son application aux chiffons suppose la disponibilité de textiles industriels bon marché, qui n'arrivent en quantité dans les foyers ruraux marocains que dans la seconde moitié du XXe siècle. Le boucherouite naît alors d'une contrainte : la laine coûte cher ou manque, on noue ce que l'on a. Son entrée sur le marché de la décoration est plus tardive encore, et c'est elle qui a créé la demande, puis une production destinée à l'export.
Un nom qui dit la matière, non le lieu
Son appellation fait exception dans la nomenclature marocaine, où le toponyme domine. Le tapis de Taznakht porte le nom de son bourg de marché ; le tarz fassi et le tarz rbati ceux de Fès et de Rabat ; le tarbouche est appelé fez en Europe d'après Fès. Nommer par la matière plutôt que par la ville dit assez la place modeste que cet objet occupait avant sa redécouverte.
Le situer parmi les autres tapis
Face au tapis Azilal, clair et parcouru de tracés libres, ou au tapis Beni Ouarain, écru et géométrique, le boucherouite relève d'une autre logique : il n'exprime pas un répertoire de signes mais un usage de la ressource. À l'entretien, cette hétérogénéité compte : des fibres différentes réagissent différemment à l'eau et au frottement, et un lavage uniforme peut faire dégorger une bande de coton teint sur une bande claire voisine. Le même risque de transfert de couleur existe en maroquinerie, et guide la sélection des matières de nos sacs marocains en simili cuir PU.