Salé, savoir-faire : définition et origine

Salé est la ville jumelle de Rabat, située sur la rive droite du Bouregreg, dont les corporations artisanales sont connues pour la passementerie ajourée, la natte de jonc et le complexe potier de l'Oulja.

La confondre avec un simple faubourg de la capitale est l'erreur la plus courante. Salé a sa médina, ses métiers organisés et une histoire corsaire propre, dont les archives européennes gardent la trace sous le nom de république du Bouregreg. Ses productions occupent une place à part dans le vestiaire marocain, moins visible que celle de Fès mais tout aussi identifiable.

Les métiers de la ville

La passementerie salétine est réputée pour son travail ajouré, dont la randa est la forme la plus reconnaissable : un décor construit par le vide, monté à l'aiguille le long des fentes et des encolures. À côté, l'atelier produit aussi du galon plein, la sfifa, qui borde et rigidifie. Les deux sortent souvent du même établi, mais relèvent de gestes différents et ne se remplacent pas.

La natte de jonc tressé, longtemps posée au sol des mosquées et des maisons, constitue l'autre spécialité historique. Le complexe potier de l'Oulja, installé en bord de fleuve près d'une carrière d'argile, regroupe des fours et des ateliers ouverts ; sa production, utilitaire et émaillée, se distingue par ses formes de celle de la poterie de Safi, davantage tournée vers le décor peint.

L'erreur fréquente

Rabat et Salé se font face, mais elles ne partagent ni le même passé ni les mêmes corporations. Attribuer à la capitale la broderie, la natte ou la poterie de sa voisine revient à effacer une organisation de métiers ancienne, structurée par ses propres amines et ses propres règles d'apprentissage. Le raccourci est le même que celui qui range sous une étiquette marocaine générique un sefsari tunisien, ou qui traite le sarouel comme une simple coupe de mode. Une ville n'est pas un décor : c'est un ensemble d'ateliers avec des tours de main transmis.

Ce que cela change à l'usage

Reconnaître l'origine d'un travail aide à juger un objet. Un galon monté à Salé se repère à la régularité de son ajouré et à la tenue de ses arrêts en bout de fente ; une broderie industrielle, elle, montre un envers propre mais un dessin figé, identique d'une pièce à l'autre. Sur un manteau, la finition compte autant que le tissu : un selham se juge d'abord à la façon dont son capuchon est rattaché. Ces critères de finition sont ceux que nous appliquons aux caftans comme aux sacs marocains : la qualité se lit aux angles, aux arrêts et aux bordures, jamais au nom d'une ville imprimé sur une étiquette.

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