Dar Sanaa : définition et origine

Dar Sanaa est l'école des arts et métiers traditionnels de Tétouan, fondée en 1919 sous le protectorat espagnol pour transmettre par apprentissage encadré la broderie, le travail du bois, le zellige et le cuir.

Son nom signifie littéralement « maison du métier ». L'établissement occupe une place particulière dans l'histoire des savoir-faire évoqués dans notre guide du vestiaire marocain : il formalise, dans un cadre scolaire, une transmission qui se faisait jusque-là uniquement d'atelier à atelier, du maâlem à son apprenti. Le principe de l'atelier n'y disparaît pas — on y apprend en faisant, sur les mêmes outils — mais il s'accompagne d'un cursus, de professeurs et d'un diplôme.

Ce qu'on y enseigne

Les sections couvrent l'essentiel des métiers de la médina : la broderie tétouanaise, dont le point et la palette diffèrent de ceux des autres villes ; le bois sculpté et peint ; le zellige, mosaïque de terre cuite émaillée taillée à la main ; le plâtre ciselé ; le travail de la peau. Chaque section garde son vocabulaire, ses gabarits et ses gestes, ce qui fait de l'école un conservatoire vivant autant qu'un lieu d'enseignement. La ville elle-même reste un pôle documenté du Nord marocain : Tétouan a nourri une esthétique andalouse distincte de celle de Fès ou de Marrakech.

L'erreur fréquente : ce n'est ni une boutique ni un musée

Beaucoup de guides de voyage présentent Dar Sanaa comme un musée d'artisanat, voire comme un point de vente. C'est un établissement de formation, toujours en activité, où des élèves suivent un cursus. On peut y voir des travaux exposés, mais la vocation première est pédagogique. La distinction n'est pas cosmétique : elle change ce que l'on regarde. Dans un musée, on regarde des pièces achevées ; à Dar Sanaa, on regarde un apprentissage en cours, avec ses exercices, ses ratés et ses répétitions.

Ce que ça change concrètement

Une école dédiée signifie que certains gestes survivent indépendamment de la commande commerciale. Quand un motif ou une technique cesse d'être demandé par le marché, il peut continuer d'être enseigné, donc transmis. C'est ce qui distingue une tradition documentée d'une tradition abandonnée. Les métiers voisins vivent le même arbitrage : le dbagh et ses tanneries, les vêtements du Sud comme la derraa, les pièces de dessus de la takchita telles que la dfina, ou l'orfèvrerie et la marqueterie d'Essaouira. Ces répertoires nourrissent aussi les motifs de nos caftans et robes marocaines, sans prétendre en reproduire l'exécution artisanale.

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