L'alfa (Stipa tenacissima) est une graminée vivace des hauts plateaux semi-arides, abondante dans l'Oriental marocain, dont les feuilles roulées fournissent une fibre tressée en nattes, en cordes et en couffins.
La plante tient une place discrète mais constante dans les objets qui accompagnent le vestiaire marocain : sacs de marché, nattes de sol, semelles et cordages. Elle a par ailleurs été exploitée industriellement pour la papeterie à partir de la période coloniale, ce qui a fait de sa récolte une activité rémunératrice sur des terres où peu de cultures tiennent.
Comment on la reconnaît et comment on la travaille
L'alfa pousse en touffes serrées, en feuilles longues, fines et enroulées sur elles-mêmes, d'un vert grisâtre qui blondit en séchant. La fibre obtenue est raide et nerveuse : elle résiste à la traction, se casse plutôt qu'elle ne se plie, et garde durablement la forme qu'on lui donne. Le travail commence par le rouissage ou le simple séchage, puis le battage pour assouplir, avant la mise en tresse. Un couffin d'alfa se reconnaît à ses tresses larges, à son grain sec et à sa tenue debout quand on le pose vide.
L'erreur fréquente : la confondre avec le doum
La confusion la plus courante oppose l'alfa au palmier doum, dont les palmes servent également à la vannerie marocaine. Les deux matières n'ont ni la même origine botanique ni le même comportement. Le doum donne des lanières plates, souples, plus larges, d'un beige chaud, qui acceptent le pli et permettent des vanneries fines et arrondies. L'alfa donne un brin cylindrique, plus rêche, plus clair et plus cassant, qui impose des ouvrages fermes et anguleux. Un panier souple qui s'affaisse sur lui-même n'est pas de l'alfa. Une troisième fibre, le raphia, se distingue encore plus facilement : elle est fine, brillante et se teint vivement, ce que l'alfa fait mal.
Ce que ça change à l'usage
Un objet en alfa supporte la charge et le frottement mieux qu'une vannerie souple, mais il marque quand on le plie. Il craint l'humidité prolongée, qui grise la fibre et favorise les moisissures, et il se fragilise au soleil direct après plusieurs saisons. Rangé à plat, sec et à l'ombre, il dure longtemps. Ce n'est pas une matière que l'on assouplit : on la choisit pour sa rigidité.
L'alfa dans l'économie artisanale
La récolte est saisonnière et manuelle, et les mêmes souks des hauts plateaux réunissent les métiers. La vannerie voisine avec les étals de cordonnerie, où l'on trouve la babouche souple et, pour les hommes, la belgha unie. Un peu plus loin, l'orfèvrerie propose les parures d'argent de Tiznit et les colliers montés de perles jaunes dites ambre berbère. Ce vocabulaire de fibres tressées inspire les formes et les finitions de nos sacs marocains.