Le simili cuir PU et la microfibre sont deux matières sans origine animale qui ne se départagent ni sur l'aspect ni sur le prix, mais sur la résistance au frottement répété : la microfibre encaisse mieux l'abrasion et l'hydrolyse, le simili cuir PU offre un rendu de grain plus profond pour un coût de fabrication plus maîtrisé.
L'erreur fréquente consiste à ranger les deux dans la même case, celle des matières synthétiques, comme si elles se valaient. Elles ne sont pas construites de la même façon : le simili cuir PU (polyuréthane), sans matière animale est une couche de polyuréthane appliquée sur un support textile, tandis que la microfibre est un non-tissé de fibres très fines imprégné de résine dans toute son épaisseur. Le guide des matières de maroquinerie replace ces deux familles parmi les autres.
Le simili cuir PU : le rendu et le coût maîtrisé
Ce que le simili cuir PU fait le mieux, c'est l'aspect. Comme la couche de surface est gaufrée en fin de fabrication, on peut y obtenir un grain marqué, un toucher légèrement gras, une brillance choisie — depuis le mat profond jusqu'au verni miroir. La déclinaison de couleurs y est large et régulière d'un exemplaire à l'autre, et le coût de production reste contenu, ce qui explique sa présence dominante en maroquinerie sans matière animale, y compris dans nos sacs en simili cuir PU.
Sa limite réelle est l'usure de surface et l'hydrolyse. Le polyuréthane finit par se craqueler, et il commence par les plis, les angles et les zones de frottement — la sangle sur l'épaule, le coin qui touche la cuisse à chaque pas, le fond posé au sol. En usage courant, un PU de qualité tient trois à cinq ans. Dans un usage quotidien intensif, cette échéance arrive plus tôt, et la finition des bordures y est déterminante, comme l'explique la comparaison entre la tranche peinte et la tranche repliée.
La microfibre : la tenue à l'abrasion
La microfibre est structurée dans la masse : la résine ne forme pas seulement une pellicule en surface, elle traverse le feutre de fibres. Conséquence pratique, une éraflure n'arrache pas une couche entière et n'expose pas le tissu du dessous. Elle supporte mieux le frottement répété, résiste mieux à l'hydrolyse, reste souple sans se casser aux pliures, et son toucher velouté vieillit plus lentement — c'est le principe du nubuck synthétique, détaillé dans notre comparaison entre le verni et le nubuck synthétique.
Ses limites sont réelles aussi. Le grain profond d'un cuir imité lui réussit moins bien : elle rend mieux le velours et le nubuck que le grainé franc, et un effet miroir lui est étranger. Elle coûte plus cher à produire, ce qui se retrouve dans le prix final. Enfin, une microfibre veloutée marque les traces de doigt et retient la poussière claire davantage qu'une surface lisse : elle est plus solide, pas plus facile à garder impeccable.
Critère par critère
- Résistance au frottement : avantage net à la microfibre, structurée dans la masse plutôt qu'en surface.
- Résistance à l'hydrolyse : avantage microfibre, qui se craquelle plus tard.
- Rendu du grain : avantage simili cuir PU, qui reproduit mieux un grainé marqué et les finitions brillantes.
- Choix de couleurs et de finitions : avantage simili cuir PU, plus large et plus régulier.
- Coût : avantage simili cuir PU, moins onéreux à produire à surface équivalente.
- Salissure visible : avantage simili cuir PU, dont la surface lisse s'essuie ; la microfibre veloutée retient les marques.
- Comportement aux pliures : avantage microfibre, qui ne casse pas là où le PU marque en premier.
Le verdict
Le critère qui tranche n'est pas la matière en soi mais l'intensité d'usage. Le simili cuir PU gagne pour la lectrice qui fait tourner plusieurs sacs et en porte un quelques fois par semaine : sur ce rythme, l'échéance des trois à cinq ans est confortable, et elle obtient le rendu et la couleur qu'elle veut sans payer la sur-résistance d'une matière qu'elle n'aura pas le temps d'user. C'est aussi le bon choix en petite maroquinerie, où les surfaces sont peu sollicitées.
La microfibre gagne pour la lectrice qui a un seul sac de travail et le porte tous les jours, chargé, avec des trajets à pied et des transports : c'est exactement le profil d'usure que le PU supporte le moins bien, et le surcoût y est amorti. Deux comparaisons voisines complètent ce choix : la toile de coton face au simili cuir PU pour la légèreté contre la tenue, et le tannage végétal face au tannage au chrome si la question porte, elle, sur le cuir animal.