Le costume féminin du Rif : fouta, mendil et chapeau à pompons

Le costume féminin traditionnel du Rif et des campagnes du nord du Maroc associe trois pièces devenues emblématiques : la fouta, pièce de coton tissée à rayures — le rouge et le blanc dominent — nouée autour de la taille, le mendil, étoffe rayée du même esprit portée sur les épaules ou le dos, et un large chapeau de paille orné de pompons et de cordelettes de laine. C'est une tenue de travail rural avant d'être une image de carte postale.

Cette page appartient à notre dossier consacré au vestiaire marocain, où les tenues rurales occupent la place que les projecteurs réservent d'ordinaire aux caftans.

Une tenue née du travail agricole

Dans les campagnes du Rif et du pays Jbala, les femmes participent pleinement aux travaux agricoles : cultures en terrasses, oliviers, portage du fourrage et de l'eau, marchés hebdomadaires. La tenue en découle. La fouta nouée en tablier protège la jellaba ou la robe et se transforme en pièce de portage ; le mendil, plié et noué, cale les charges portées sur le dos ; le chapeau de paille à larges bords protège du soleil, ses pompons de laine l'identifiant de loin. Chaque élément a une fonction avant d'avoir un style — ce qui n'empêche pas la coquetterie : rayures vives, pompons colorés et bijoux composent un langage visuel propre à la région, dont les variantes changent selon les vallées et les marchés.

Les termes, et ce qu'ils recouvrent

Fouta et mendil sont des mots d'usage courant au nord du Maroc, mais leurs emplois varient : selon les localités, fouta peut désigner la pièce de taille rayée ou, ailleurs au Maghreb, d'autres étoffes drapées ; mendil désigne génériquement une pièce d'étoffe ou un carré textile. Le chapeau de paille orné de pompons porte lui aussi des noms locaux variables. Cette plasticité du vocabulaire invite à la prudence : les fiches touristiques qui assignent à chaque terme une définition unique et un sens symbolique précis en disent plus sur le besoin de légende que sur l'usage réel. Comme pour les couleurs du vêtement marocain, les usages sont attestés, les symboles beaucoup moins.

De la campagne à la carte postale

La proximité de villes touristiques du nord a fait de la tenue rifaine un motif photographique recherché, jusqu'à la séance déguisée proposée aux visiteurs. Cette folklorisation ressemble à celle qui touche d'autres costumes régionaux, du costume féminin du Souss aux tenues de l'Atlas : l'image circule, se fige, et finit par précéder la réalité qu'elle prétend montrer. Pendant ce temps, la tenue réelle évolue : au marché, fouta et chapeau coexistent aujourd'hui avec des vêtements industriels, portés ensemble sans état d'âme. Le motif rayé, lui, voyage : il a inspiré des couturiers européens en quête de références marocaines comme les créateurs marocains du caftan contemporain, preuve qu'un textile de travail peut nourrir la mode sans qu'on réécrive son histoire.

Le regard Maison Tanger

La tenue rifaine est une démonstration de design utilitaire : des pièces simples, combinables, identifiables de loin. Maison Tanger, maison de maroquinerie végane en simili cuir PU, y trouve une inspiration de méthode plus que de motif : des sacs marocains pensés d'abord pour l'usage — portage, protection, repérage immédiat de ses affaires — et l'idée qu'une rayure ou un pompon se citent avec légèreté, sans costume folklorique reconstitué.

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