Le costume féminin du Souss : drapé, fibules et parures d'argent

Dans le Souss, région du sud-ouest marocain qui s'étend autour d'Agadir, de Taroudant et de Tiznit, le costume féminin traditionnel repose sur le drapé : une grande pièce d'étoffe enveloppe le corps et se fixe aux épaules par des fibules d'argent, sans coupe ajustée ni boutonnage. Associée à des parures d'argent massives, cette tenue compte parmi les costumes régionaux les plus documentés du Maroc.

Elle occupe une place singulière dans le vestiaire marocain traditionnel : là où le caftan des villes est un vêtement cousu, taillé et fermé, la tenue du Souss appartient à la famille des vêtements drapés, l'une des manières de s'habiller les plus anciennes du pourtour méditerranéen.

Un drapé maintenu par le métal

Le principe est d'une grande économie de moyens : une pièce d'étoffe rectangulaire, généralement de laine ou de coton, est enroulée autour du corps, remontée sur les épaules et fixée par une paire de fibules reliées entre elles par une chaîne ou un cordon. Une ceinture resserre l'ensemble à la taille et crée un blousant qui sert de réserve et de poche. Le vêtement n'est donc pas taillé une fois pour toutes : il est reconstruit chaque jour par le geste de celle qui le porte, et la même étoffe peut habiller des silhouettes très différentes.

Selon les vallées et les tribus, le nom de la pièce, sa longueur et la manière de la nouer varient sensiblement ; il serait donc inexact de parler d'un costume soussi unique. Les teintes dominantes sont sombres — noir, bleu profond, indigo — relevées par des lisières et des broderies plus vives. La lecture de ces choix demande de la prudence : comme souvent avec les couleurs du vêtement marocain, les usages régionaux attestés se mêlent à des interprétations symboliques tardives qu'aucune source ancienne ne confirme vraiment.

Fibules et parures d'argent

La fibule est d'abord un objet utilitaire : une agrafe qui tient le drapé. Elle est devenue, au fil du temps, un support d'orfèvrerie parmi les plus remarquables du Maghreb : argent gravé, ciselé ou émaillé selon les ateliers, formes triangulaires caractéristiques, chaînes pectorales reliant les deux pièces. S'y ajoutent colliers d'ambre et de perles, bracelets, frontaux et boucles de tempes, portés lors des fêtes et transmis dans les familles, où ces parures ont longtemps constitué une véritable épargne mobilisable en cas de besoin.

Ces ensembles ont été largement documentés par les enquêtes ethnographiques du XXe siècle, notamment par les photographes et dessinateurs qui ont parcouru le sud marocain dans l'entre-deux-guerres. Leurs planches, conservées et rééditées, restent une source majeure pour identifier les variantes locales du costume et distinguer les pièces anciennes des recompositions récentes.

Ce qu'on observe aujourd'hui

Au quotidien, le drapé à fibules a largement cédé la place à des vêtements cousus ; la djellaba, généralisée au cours du XXe siècle, s'est imposée comme vêtement d'extérieur dans le Souss comme ailleurs. Le costume complet se voit désormais surtout lors des mariages, des moussems et des festivals régionaux, ainsi que dans les musées marocains consacrés au patrimoine amazigh, où fibules et pectoraux occupent une place centrale.

Il reste pourtant une référence vivante. Les créateurs du caftan contemporain y puisent des silhouettes, des drapés et des jeux de bijoux, tandis que la mode européenne inspirée du Maroc a régulièrement cité son argenterie et ses superpositions — avec plus ou moins de rigueur dans l'attribution des sources.

Le regard Maison Tanger

Ce que ce costume enseigne à une maison d'accessoires, c'est une leçon de construction : une étoffe, un point d'attache, une ceinture — et le contraste d'un métal clair sur un fond sombre. On retrouve cette logique dans nos caftans et robes marocaines, coupés dans des étoffes unies rehaussées de finitions contrastées, et dans nos sacs marocains en simili cuir PU, où la boucle métallique joue un rôle proche de celui de la fibule : un élément fonctionnel qui devient signature visuelle, sans surcharge décorative.

Voir aussi

Retour au blog