La hasba — littéralement « le compte », « la mesure » — désigne le système de proportion par lequel les maâlems du zellige construisent leurs compositions : une unité de base dont dérivent les dimensions de toutes les pièces d'un panneau, et une logique de division du cercle qui fait naître les étoiles.
C'est l'un des chapitres les plus savants des techniques de l'artisanat marocain : derrière l'apparente exubérance des mosaïques de céramique se cache un ordre strict, transmis d'atelier en atelier.
Le principe : une unité, des multiples
Un panneau de zellige n'est pas un assemblage libre : toutes les tesselles taillées — les fourmah — appartiennent à un répertoire de formes dont les dimensions dérivent d'une unité commune. C'est cette unité, la hasba, qui garantit que les pièces s'emboîtent exactement, quelle que soit la taille du panneau. Le second pilier est la division du cercle : en partageant la circonférence en parts égales — huit, seize, vingt-quatre —, on obtient les directions qui engendrent les étoiles à huit, seize ou vingt-quatre branches, figures centrales du répertoire. Les travaux publiés sur les arts décoratifs marocains décrivent ainsi un système cohérent, où la complexité visuelle procède de règles simples appliquées avec rigueur.
De l'étoile au panneau
L'étoile centrale n'est pas un motif isolé : ses branches se prolongent en un réseau d'entrelacs qui couvre toute la surface, chaque ligne se poursuivant sous les autres comme un tressage. Le maâlem ne calcule pas ce réseau avec des formules : il reproduit et adapte des tracés transmis, appris par la main autant que par l'œil, souvent à partir de gabarits et de dessins d'atelier. C'est une géométrie savante par ses résultats, mais artisanale par sa transmission — une distinction importante pour qui veut décrire ce métier sans le déformer.
Aujourd'hui : transmission et lectures prudentes
Le zellige reste un métier vivant, à Fès en particulier, et l'exportation de panneaux comme la restauration des monuments assurent du travail aux ateliers. Des démarches de protection accompagnent ce savoir-faire, dont les indications géographiques appliquées à l'artisanat marocain ; quant aux inscriptions patrimoniales internationales, mieux vaut vérifier ce que l'UNESCO a réellement inscrit pour le Maroc avant d'invoquer un classement. Une prudence comparable s'impose face aux lectures symboliques : on prête volontiers aux étoiles du zellige des significations cosmiques ou mystiques qui, faute de sources, relèvent plus du commentaire moderne que de la tradition d'atelier. Le répertoire géométrique, lui, circule bien au-delà de la céramique : on retrouve des logiques proches dans les tracés éphémères du henné, et les tisseuses du Moyen Atlas composent d'autres géométries, libres celles-là, sur la handira, la cape de mariée tissée.
Le regard Maison Tanger
La hasba est une leçon de design avant l'heure : décider d'un module, puis s'y tenir. C'est ainsi que Maison Tanger aborde ses propres objets — proportions constantes, rapports simples entre hauteur, largeur et profondeur — pour des pièces en simili cuir PU, sans matière animale, qui vieillissent bien à l'œil. On peut en juger sur la collection de sacs marocains, et la même recherche d'équilibre guide les caftans et robes marocaines.