Le henné est un arbuste, Lawsonia inermis, cultivé dans les oasis du sud marocain — la région de Zagora, dans la vallée du Drâa, en est particulièrement réputée. Ses feuilles séchées et réduites en poudre donnent une pâte qui teint la peau, les cheveux et les fibres dans une gamme d'orangés et de bruns. Au Maroc, le henné est à la fois culture agricole, teinture et rituel.
Il occupe une place à part dans les savoir-faire de l'artisanat marocain : c'est un art éphémère — le motif s'efface en quelques semaines — mais son répertoire et ses usages sont d'une grande stabilité.
Une plante cultivée et une teinture
Le henné pousse en parcelles irriguées dans les palmeraies ; les feuilles, récoltées puis séchées, sont moulues en une poudre verte vendue au poids dans tous les souks. Le principe colorant, la lawsone, se fixe sur la kératine et les fibres : mêlée d'eau, la poudre devient une pâte qui laisse sur la peau une empreinte orangée virant au brun-rouge en séchant et en s'oxydant. L'usage tinctorial dépasse le corps : le henné colore aussi les cheveux et, traditionnellement, des fibres textiles — la laine marocaine notamment — ainsi que, historiquement, certains cuirs.
Motifs et rituels
L'application décorative est un métier : la nekacha trace à main levée, au cône ou à la seringue, des compositions sur les mains et les pieds. Les répertoires varient selon les régions — tracés fins et denses dans les villes, motifs plus géométriques dans les traditions rurales du Sud —, et il serait imprudent d'assigner à chaque motif une signification fixe : parmi eux figure par exemple la khamsa, motif partagé de longue date en Méditerranée, dont l'histoire déborde largement le seul Maroc. Côté rituel, le henné accompagne les seuils de la vie : la « nuit du henné » précède traditionnellement le mariage, et la plante est associée aux naissances, aux fêtes religieuses et, plus simplement, au soin de soi.
Aujourd'hui : du souk aux inscriptions patrimoniales
Une mise en garde d'abord, car elle relève de la santé publique : le henné naturel teint en orangé à brun-rouge, jamais en noir profond. Les mélanges dits « henné noir », additionnés de colorants comme la paraphénylènediamine (PPD), peuvent provoquer des réactions cutanées graves et durables ; un tatouage éphémère qui promet un noir intense et rapide doit alerter, en particulier dans les zones touristiques. Pour le reste, la pratique est vivante et reconnue : des rituels liés au henné ont fait l'objet d'une inscription au patrimoine culturel immatériel portée par plusieurs pays, dont le Maroc — le détail mérite d'être vérifié dans ce que l'UNESCO a réellement inscrit pour le Maroc — et des démarches de labellisation, dont les indications géographiques marocaines, valorisent certaines productions agricoles et artisanales du Sud.
Le regard Maison Tanger
Du henné, Maison Tanger retient une esthétique : la précision du tracé posé sur une surface nue, l'ornement concentré là où il compte. C'est une grammaire qui guide nos choix — motifs rares, lignes nettes — sur des pièces en simili cuir PU, sans matière animale, comme les sacs marocains de la boutique, et qui rejoint l'esprit cérémoniel des caftans et robes marocaines portés, précisément, les soirs de henné.