Le pouf marocain est un coussin de sol en cuir, assemblé en quartiers cousus, souvent brodé ou ajouré, traditionnellement fabriqué par les artisans du cuir des médinas. Au XXe siècle, il est devenu l'un des objets marocains les plus exportés, au point d'incarner à lui seul, dans beaucoup d'intérieurs étrangers, l'idée même d'artisanat du Maroc.
Son histoire dit beaucoup du rapport entre les ateliers et la demande extérieure — un fil qui traverse tout l'artisanat marocain, de ses techniques à ses villes, et que le pouf illustre mieux qu'aucun autre objet.
D'un siège domestique à un article de commerce
À l'origine, le pouf appartient au mobilier bas du salon marocain : on s'y assoit, on y pose un plateau, on le déplace au gré des visites. Il est fabriqué en cuir de chèvre ou de mouton tanné localement, teint, puis décoré selon les régions de broderies au fil, de motifs ajourés ou de jeux de couleurs. Les grandes villes du cuir, Fès et Marrakech en tête, en ont fait une production courante de leurs souks.
Sa position dans le commerce de la médina reste pourtant modeste : ce n'est ni un bijou ni un brocart digne de la qissaria, halle des marchandises précieuses ; le pouf se vend dans les souks du cuir, au milieu des babouches, des ceintures et des sacs, comme un objet utilitaire parmi d'autres.
Ce que l'exportation a changé dans les ateliers
Au cours du XXe siècle, la demande étrangère — voyageurs d'abord, puis comptoirs d'exportation, décorateurs et enfin distribution internationale — transforme le pouf en produit d'export emblématique. Une astuce logistique y contribue largement : le pouf se vend non rembourré, plié à plat, léger à expédier, à garnir une fois arrivé à destination. Peu d'objets artisanaux voyagent aussi bien.
Cette demande a modifié le travail lui-même : tailles standardisées, gammes de couleurs pensées pour les goûts des marchés de destination, motifs simplifiés ou au contraire surchargés selon la clientèle, division plus poussée des tâches entre tanneur, teinturier, coupeur, brodeur et couturier. D'autres matières ont suivi des chemins comparables, comme le raphia, fibre importée devenue une spécialité de Marrakech : la demande extérieure ne détruit pas forcément un savoir-faire, mais elle le réoriente.
Le pouf aujourd'hui
Le pouf est désormais un objet globalisé : copié industriellement, décliné en similis et en tissus, vendu bien au-delà de ses circuits d'origine. Les ateliers marocains continuent pourtant d'en produire, du modèle courant destiné aux bazars jusqu'aux pièces soignées en cuir épais. Le même cuir des médinas sert d'ailleurs des usages plus confidentiels et plus anciens, comme la reliure des manuscrits liée à la Qarawiyyin. Dans les souks, les échoppes de poufs voisinent avec celles des matières du quotidien, du rhassoul et savon noir du hammam aux épices : le pouf reste un objet de la ville marchande, entre usage local et regard extérieur.
Le regard de Maison Tanger
Le pouf traditionnel est un objet de cuir animal ; Maison Tanger, maison végane, n'en propose pas. Mais sa trajectoire éclaire notre travail : un objet local peut devenir un langage international sans perdre sa forme. Nos sacs marocains en simili cuir PU reprennent ainsi des lignes et des gestes inspirés du Maroc — assemblages en quartiers, surpiqûres apparentes — sans matière animale, avec la même attention portée à ce qui voyage bien et dure longtemps, des sacs aux caftans et robes marocaines.