La babouche est une chaussure plate à tige avant fermée, sans lacet ni bride, dont le quartier arrière est bas et le plus souvent rabattu sous le talon, portée de longue date au Maghreb et déclinée aujourd'hui en modèles d'intérieur, de ville et de cérémonie.
Le mot circule en français depuis longtemps et désigne en pratique plusieurs objets assez différents. Les distinguer évite deux erreurs d'achat courantes : prendre une pièce d'intérieur pour une chaussure de marche, et attendre d'un modèle de cérémonie une souplesse qu'il n'a pas. Ce guide complète le dossier Chaussures et confort, où les questions de maintien et de construction sont reprises modèle par modèle.
Un objet, plusieurs noms
La babouche se caractérise par une construction minimale : une tige qui couvre l'avant du pied, un quartier arrière bas, une semelle plate, aucun système de serrage. Le pied entre sans être maintenu latéralement, et c'est la forme de la tige, elle seule, qui retient la chaussure.
Selon les régions et les langues, on rencontre plusieurs appellations ; en arabe marocain, le terme le plus courant est belgha. Le cherbil désigne pour sa part la version brodée portée en cérémonie, généralement féminine, plus habillée et plus rigide. Les traditions d'atelier associent la babouche au cuir filali, un cuir de chèvre lié à la région du Tafilalet ; ce terme technique désigne bien une matière animale. Les modèles proposés dans notre collection chaussures sont, eux, en simili cuir PU (polyuréthane), sans matière animale.
La babouche d'intérieur
C'est la version la plus légère : semelle fine et souple, doublure minimale, quartier presque toujours rabattu. Elle se comporte comme un chausson dont la tige tiendrait seule. Sur un sol lisse, cette finesse est un avantage, le pied ressentant le relief et la marche restant naturelle. Sur un trottoir, elle devient une limite : la couche d'usure est trop mince pour encaisser l'abrasion et le talon libre laisse le pied glisser à chaque montée de marche.
On la reconnaît à trois détails : un dessous lisse ou à peine texturé, une tige qui se plie entièrement à la main, et une absence totale de renfort à l'arrière. Ces trois signes suffisent à trancher en magasin comme sur une photo de détail.
La babouche de ville
La version de ville épaissit la semelle, ajoute parfois une semelle intercalaire, raidit le quartier et renforce la pointe. Elle se rapproche alors de la mule ou du mocassin ouvert, sans jamais offrir de maintien à l'arrière. On la repère à un dessous cranté ou franchement texturé, à une tige mieux tenue, et à un poids sensiblement supérieur. C'est la déclinaison la plus polyvalente, et la seule qui supporte une journée de marche courte.
La frontière avec la mule tient à la construction du quartier plus qu'à l'usage, et nous la détaillons dans mule et babouche : où passe la différence. C'est une distinction utile, parce que le commerce emploie couramment les deux mots pour le même objet.
Le cherbil de cérémonie
Le cherbil est brodé, souvent sur satin, qui est une armure de tissage et non une matière, avec fil métallique, paillettes ou soutache. La broderie raidit la tige et la rend peu tolérante au volume du pied : une pièce brodée ne se détend pratiquement pas à l'usage. Elle se choisit donc au plus juste, sans compter sur un assouplissement, et se réserve à des durées de port courtes, assises comprises.
Le cherbil accompagne traditionnellement le caftan, ce qui suppose d'accorder l'épaisseur de semelle à l'ourlet de la pièce : un ourlet ajusté sur des semelles fines traîne au sol dès qu'on change de chaussures. C'est une contrainte d'habillage, pas de confort.
Ce que la construction impose au porté
Sans quartier montant, le maintien vient uniquement de la tige avant. Trois conséquences mécaniques en découlent. Le pied recule légèrement dans la chaussure à chaque poussée, ce qui use la tige à l'entrée. Les orteils compensent en se crispant pour retenir la chaussure, ce qui fatigue sur la durée. Enfin, la torsion latérale n'est pas contrariée : sur sol irrégulier, la chaussure suit le pied sans le stabiliser.
Ces trois mécanismes se retrouvent, à des degrés divers, dans toutes les chaussures ouvertes ou basses de tige, y compris les ballerines et une bonne partie des sandales, où le maintien dépend entièrement du dessin des brides.
Repères de port et de taille
La babouche est une chaussure de temps sec : semelle fine et pied découvert supportent mal la pluie et le froid, et la période de mi-saison est justement celle où l'équipement fait défaut. Portée en intérieur, elle se passe de chaussette ; portée dehors, une chaussette fine limite le frottement à l'entrée, là où la tige s'use en premier.
Sur la taille, une babouche neuve se prend au plus juste sans être serrée, car la tige se détend peu et la semelle ne se creuse pas. Nous ne publions pas de table de correspondance entre pointures : les systèmes français, britannique et américain ne reposent ni sur la même unité ni sur le même point de départ, et chaque fabricant ajuste sa propre grille. La table du fabricant reste donc la seule référence utile.
Enfin, l'objet se pense rarement seul. La babouche et les sacs marocains partagent les mêmes registres d'ornement, broderie, tressage et passementerie, ce qui facilite les rappels sans obliger à l'assortiment exact.
Voir aussi
- Anatomie d'une chaussure : toutes les pièces nommées, de la claque au bonbout.
- Teinture en masse ou coloration de surface : ce que la méthode change au vieillissement de la couleur.
- Roder des mocassins neufs : la première semaine, sans abîmer la tige ni le pied.
- La tranche : définition du chant d'une pièce et de sa finition.
- Nettoyer un sac en simili cuir PU : les gestes sûrs et les produits qui marquent la surface.