Cherbil : définition et origine

Le cherbil est la babouche féminine de cérémonie du Maroc, montée en velours ou en peau souple et rebrodée de fil métallique, portée avec le caftan ou la takchita lors des mariages et des grandes fêtes.

Le cherbil occupe dans le vestiaire marocain de cérémonie la place que tient la chaussure habillée dans une garde-robe occidentale : on la sort pour une occasion, on la range ensuite. Il se distingue de la babouche ordinaire, plate et d'usage quotidien, comme de la belgha masculine, unie, dont la valeur tient au montage plus qu'au décor. Le cherbil, lui, concentre tout le travail sur l'empeigne.

Comment on le reconnaît

Le dessus est en velours de teinte soutenue — grenat, vert bouteille, bleu nuit — ou dans une peau fine : les ateliers ont longtemps privilégié pour cet usage le cuir filali, peau de chèvre du Tafilalet réputée pour sa souplesse. Le contrefort arrière est bas et rabattu sous le talon : on chausse le cherbil comme une mule. La broderie couvre l'empeigne d'un motif rayonnant ou floral exécuté au fil skalli lamé ; sur les pièces les plus travaillées, un cordonnet posé en surface et fixé point par point donne le relief caractéristique du mejboud. Les modèles de mariage ajoutent parfois des sequins, des perles, ou des coquillages cauris cousus au bord.

L'erreur fréquente : le fil n'est pas de l'or massif

On lit souvent qu'un cherbil est « brodé d'or ». Le fil skalli est un fil lamé : une âme textile enroulée d'une bandelette métallique dorée ou argentée. Il donne l'éclat, pas le métal. La conséquence est concrète : cette broderie ne se lave pas, se ternit à l'humidité et se raye au frottement. Un cherbil se range à plat, à l'abri de la lumière, sans rien poser sur l'empeigne.

Où on les fabrique

La production se concentre dans les médinas de Fès et de Marrakech, où les cordonniers travaillent porte à porte avec les brodeurs et les autres corps de métier : les mêmes ruelles abritent les ateliers de cuivre ciselé et les étals où se vendent les couffins tressés. Cette promiscuité explique la circulation des motifs d'un support à l'autre : une rosace de plateau martelé se retrouve sur une empeigne.

À l'usage, un cherbil ne se porte pas debout des heures : semelle plate, aucun maintien au talon. Il accompagne une tenue, il ne remplace pas une chaussure de marche. Nos caftans et robes marocaines se pensent dans cette même logique d'ensemble, où la chaussure ferme la silhouette au lieu de la porter.

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