La babouche est la mule sans quartier arrière du vestiaire marocain, chaussure plate dont le talon reste libre, dont le nom vient du persan papouch transmis par l'arabe babouch.
Elle accompagne l'ensemble des tenues présentées dans le vestiaire marocain, du quotidien à la fête, et se retire d'un mouvement de pied, usage qui explique sa construction autant que sa persistance. La tige couvre l'avant du pied et s'arrête au coup de pied ; l'arrière est soit absent, soit rabattu sous le talon.
Une famille, pas un modèle unique
Parler de la babouche au singulier est l'erreur la plus courante. Il s'agit d'une famille de chaussures dont les variantes se distinguent par le genre, la ville de fabrication, la matière et le décor. La belgha est la version masculine, unie, traditionnellement jaune safran, sans broderie. Le cherbil est la version féminine de fête, brodée de fils métalliques et de couleurs, parfois montée sur un léger talon. À côté de ces deux pôles existent des modèles de travail en peau brute, des versions tressées en fibres végétales, et des montages en raphia, plus légers et plus souples, associés aux villes du littoral.
Comment on la reconnaît
Le regard va d'abord à la couture d'assemblage entre la tige et la semelle, montée à l'envers puis retournée dans la fabrication traditionnelle, ce qui donne un bord net et sans surpiqûre apparente. La semelle est faite de plusieurs épaisseurs assemblées, sans cambrure ni renfort. La peau employée pour les modèles anciens est souvent le cuir filali, tanné dans le Tafilalet et réputé pour sa souplesse. Une babouche industrielle se repère à sa semelle collée en une seule pièce et à sa doublure synthétique lisse.
Ce que ça change à l'usage
Sans quartier arrière, la chaussure ne maintient pas le talon : la démarche se raccourcit et le pied travaille davantage pour la retenir. C'est confortable en intérieur et sur sol plat, moins en marche longue. La forme se fait au pied après quelques usages, mais ne se rattrape pas si l'on a pris une pointure trop grande. Les modèles brodés supportent mal l'humidité, qui ternit les fils métalliques ; les modèles en fibres végétales sèchent vite mais s'effilochent au frottement.
Dans l'ensemble de la tenue
La babouche se coordonne avec le reste : broderies florales et géométriques de la broderie tétouanaise, répertoire figuratif de la broderie d'Azemmour, et, pour les hommes, cape de laine à capuchon appelée burnous. Ce vocabulaire de formes plates et de finitions nettes se retrouve dans nos sacs marocains.