Le cuir filali est une peau de chèvre originaire du Tafilalet, dans le sud-est marocain, réputée pour sa finesse, sa souplesse et son grain serré, et longtemps privilégiée pour la babouche et la reliure.
Le terme revient dès qu'on parle de chaussure traditionnelle dans le vestiaire marocain : c'est la peau que les cordonniers réclamaient pour monter la belgha, dont l'empeigne doit être mince sans percer. La même qualité a servi aux relieurs, qui cherchent une peau capable d'épouser un dos de livre et de prendre la dorure sans que le grain ne se creuse.
L'erreur fréquente : filali n'est pas un tannage
On présente souvent le filali comme une méthode de tannage marocaine. C'est inexact. Le mot renvoie à une provenance — le Tafilalet — et, par extension, à un type de peau : la chèvre de ces oasis, petite, à fibre dense. Le procédé, lui, porte un autre nom : c'est le dbagh, l'enchaînement d'opérations pratiqué dans les tanneries de médina, du confitage au tannage végétal. Une peau filali peut être tannée de plusieurs manières ; un tannage n'est jamais « filali ». Confondre les deux revient à confondre le terroir et la recette.
Deuxième confusion utile à lever : celle avec le maroquin. Le maroquin désigne une peau de chèvre tannée au sumac et grenée, définie par son traitement et son aspect ; le filali désigne une origine. Les deux se recoupent souvent sans se superposer. Quant à la ntaa, elle nomme la peau de mouton tannée employée pour d'autres usages, plus épaisse et moins tenue.
Comment on le reconnaît
Un grain fin et régulier, sans relief marqué, une main souple qui plie sans casser, une épaisseur faible pour la résistance obtenue. Sur une babouche ancienne, la peau se marque au pli du pied sans se fendre : c'est le signe recherché.
Ce que cela implique chez nous
Maison Tanger ne travaille aucune matière animale. Nos sacs sont en simili cuir PU (polyuréthane), une matière enduite dont la durée de vie se situe entre trois et cinq ans quand la qualité est là, et qui n'a ni la structure fibreuse ni le vieillissement d'une peau tannée. Nous parlons donc du filali comme d'une référence historique, pas comme d'un matériau maison. Le reste du répertoire d'atelier — le cuivre ciselé, la derraa du Sud, l'école Dar Sanaa de Tétouan — appartient au même contexte de métiers. Nos sacs marocains en reprennent les formes, jamais les peaux.