La broderie tétouanaise est le style de broderie de la ville de Tétouan, à dominante géométrique et florale, exécuté au fil lustré sur toile et rattaché à l'héritage andalou de la cité du nord marocain.
Elle appartient au registre des ouvrages de maison et de cérémonie qui accompagnent les tenues décrites dans le vestiaire marocain : rideaux, coussins, nappes, bandes décoratives, ainsi que certaines finitions de vêtement. Son enseignement est institué de longue date à Dar Sanaa, l'école des arts et métiers de la ville, qui transmet le style depuis 1919.
Comment on la reconnaît
Le style se lit à la composition avant de se lire au point. Les motifs s'organisent en bandes, en semis réguliers ou en médaillons, sur une trame de losanges, d'étoiles à huit branches et d'arceaux, où s'insèrent des fleurs stylisées et des rinceaux. La gamme reste restreinte, souvent deux ou trois tons sur fond clair, et la densité du remplissage crée le relief. Le travail est exécuté au point compté, ce qui impose une toile régulière et donne un envers presque aussi net que l'endroit. Cette rigueur formelle est la signature de Tétouan et de son savoir-faire.
L'erreur fréquente : parler d'une broderie marocaine unique
Il n'existe pas une broderie marocaine mais un ensemble d'écoles urbaines aux règles distinctes, qu'un même vocabulaire commercial tend à confondre. Le tarz fassi de Fès travaille en points comptés strictement réversibles, dans une gamme sombre et un répertoire géométrique serré. Rabat pratique au contraire une broderie libre, tracée au préalable, aux grands motifs floraux polychromes. La broderie d'Azemmour assume la figure animale, animaux affrontés et rinceaux, ce que Tétouan ne fait pas. Situer une pièce suppose donc de regarder d'abord la structure de la composition, ensuite le point, et seulement à la fin la couleur.
Ce que ça change à l'usage
Une broderie au point compté vit avec sa toile : tirer la trame déforme le motif de façon irréversible. On manipule la pièce à plat, on la range roulée plutôt que pliée, et on évite la lumière directe, qui affadit les tons sans qu'aucune retouche ne les rétablisse. Les fils lustrés supportent mal les lessives alcalines et l'essorage mécanique. Un dépoussiérage régulier et un rangement au sec font l'essentiel du travail.
Dans l'ensemble de la tenue
Les mêmes ateliers du nord marocain fournissent le décor des tenues bâties sur le caftan, la chaussure féminine brodée appelée cherbil, et voisinent avec les tissages de laine de Chefchaouen ainsi qu'avec la cape masculine à capuchon, le burnous. Cette grammaire de bandes et de semis réguliers inspire plusieurs imprimés de nos caftans et robes marocaines.