Le décret n° 2010-29 du 8 janvier 2010 relatif au commerce des cuirs et peaux réserve le mot « cuir » et ses dérivés aux matières obtenues de la peau animale tannée, et interdit de les employer, même accompagnés d'un qualificatif, pour désigner une matière d'une autre nature.
C'est un texte de dénomination, pas de qualité : il n'affirme pas qu'une matière vaut mieux qu'une autre, il impose que chacune soit appelée par son nom. Cette exigence de désignation exacte est l'un des points sur lesquels nous revenons le plus dans notre guide de l'achat en ligne.
Ce que dit le décret
La règle a deux versants. D'une part, le mot « cuir » ne peut désigner qu'une matière issue d'une peau animale ayant conservé sa structure fibreuse d'origine et traitée par tannage. D'autre part — et c'est le versant que l'on oublie — l'interdiction résiste à l'ajout d'un adjectif. Accoler un qualificatif ne rend pas l'emploi licite : la matière synthétique reste une matière synthétique, et lui appliquer le mot, sous quelque forme que ce soit, induit l'acheteur en erreur. Le manquement relève des pratiques commerciales trompeuses et du contrôle de la DGCCRF.
L'expression « cuir vegan » n'est pas une désignation
Le commerce l'emploie massivement, et elle est pourtant fautive en France pour désigner un produit. Ce que le marché appelle ainsi n'est pas du cuir : c'est un polyuréthane, un polychlorure de vinyle ou une matière d'origine végétale enduite. L'expression décrit une intention — l'absence de matière animale — et non une composition ; elle emprunte à une matière le prestige de son nom tout en s'en distinguant. C'est précisément ce que le texte de 2010 écarte.
La désignation correcte de nos articles est donc simili cuir PU (polyuréthane), sans matière animale. Elle est plus longue, elle est exacte, et elle dit à l'acheteuse ce qu'elle achète. Cette exigence rejoint le renforcement général de l'information précontractuelle porté par la directive Omnibus : une allégation vérifiable vaut mieux qu'un mot évocateur.
Ce que cela change à l'usage
Nommer juste permet d'attendre le bon comportement. Un polyuréthane ne se patine pas comme une peau tannée : il ne fonce pas, ne développe pas de grain avec le temps, et sa surface se nettoie au chiffon doux légèrement humide plutôt qu'aux produits nourrissants destinés au cuir animal. Son point de faiblesse est le vieillissement de l'enduction, non le dessèchement. Un polyuréthane de qualité, entretenu sans excès et rangé à l'abri de la chaleur, tient trois à cinq ans d'usage régulier.
Sur une fiche produit, cinq mentions méritent d'être lues ensemble : la matière exacte, le prix total, la date ou le délai de livraison légal, la décomposition entre délai de traitement et délai de transport, et les conditions de retour. Un vendeur précis sur la matière l'est généralement sur le reste. Le raccourci se repère facilement dans nos portefeuilles et articles de petite maroquinerie comme ailleurs : si la composition n'est pas écrite en toutes lettres, elle n'est pas garantie.