Le maroquin est une peau de chèvre tannée végétalement au Maroc, exportée vers l'Europe à partir du XVIe siècle pour la reliure et la sellerie, et à l'origine du mot français maroquinerie.
Le nom dit la provenance : c'est ainsi que les marchands européens désignaient la peau venue du Maroc, recherchée pour sa finesse, sa souplesse et son grain caractéristique. Relieurs et selliers en firent la matière de référence des ouvrages soignés, au point que le terme finit par désigner en français toute la spécialité de l'objet en peau. Cette histoire est un bon point d'entrée pour comprendre le vestiaire marocain et les savoir-faire qui l'entourent.
Ce qui fait un maroquin
Trois conditions. La peau : celle de la chèvre, plus fine et plus nerveuse que celle du bovin, avec un grain naturel en petites cellules que le corroyage fait ressortir. Le tannage ensuite : végétal, aux tanins d'écorces et de fruits, obtenu par le dbagh dans les fosses des tanneries. La finition enfin, teinture et lissage, qui donne le lustre.
Les lieux comptent autant que la technique. La tannerie Chouara, à Fès, reste la plus connue de ces installations en activité. La production locale distingue aussi le cuir filali, nommé d'après le Tafilalet, dont le traitement et les usages diffèrent. L'ensemble forme la filière que l'on désigne sous le nom de maroquinerie de Fès.
L'erreur fréquente : appliquer le mot à toutes les matières
L'usage moderne étend volontiers le mot maroquin, et plus encore ses dérivés, à n'importe quelle matière de sac. C'est un abus de langage, et en France c'est aussi un problème réglementaire. Le décret 2010-29 réserve le mot cuir et ses dérivés aux matières obtenues à partir de peau animale tannée : une matière synthétique ne peut pas les porter, même accompagnés d'un qualificatif. Ce que le commerce appelle « cuir vegan » n'est pas du cuir, c'est un polyuréthane.
La formulation correcte pour nos articles est donc simili cuir PU (polyuréthane), sans matière animale. Le maroquin, lui, est bien un cuir, et le nommer ainsi n'a rien d'abusif puisqu'il s'agit d'une peau de chèvre réellement tannée. Les deux mots ne décrivent pas la même chose, et les confondre trompe l'acheteur dans les deux sens.
Ce que cela change concrètement
Sur une pièce ancienne, on reconnaît un maroquin à son grain irrégulier, à la teinte qui fonce aux zones de contact et à l'odeur propre au tannage végétal. Sur un objet contemporain, la question utile est la composition annoncée, pas le vocabulaire employé. Le même souci de nomenclature vaut pour le reste du répertoire : la mdamma, ceinture de cérémonie, se décrit par sa structure et sa broderie — souvent un mejboud au fil posé — et non par une matière supposée. À Marrakech, où beaucoup d'articles sont vendus sans avoir été fabriqués sur place, cette précision évite bien des malentendus. C'est ce que nous indiquons pour chaque référence de nos sacs marocains.