La tannerie Chouara est le plus vaste des ensembles de tannage historiques de la médina de Fès, en activité depuis le Moyen Âge et restauré au cours des années 2010.
Elle fournit l'image la plus reproduite de l'artisanat marocain : un damier de cuves rondes emplies de bains clairs et de teintures, encaissé entre les maisons. Le guide du vestiaire marocain replace ce site dans la chaîne qui va de la peau brute à l'objet fini.
Un lieu de travail, pas un musée
L'erreur la plus répandue consiste à prendre Chouara pour un site patrimonial aménagé pour la visite. C'est un atelier en production, occupé par des tanneurs qui exercent un métier réglé par une corporation. Les terrasses d'où l'on photographie les cuves n'appartiennent pas au site lui-même : ce sont celles des boutiques de peausserie voisines, qui ouvrent leur toit et attendent, en retour, qu'on regarde leurs articles. Le point de vue est commercial, ce qui n'enlève rien à la réalité du travail observé en contrebas.
Ce qui se passe dans les cuves
Le tannage traditionnel, ou dbagh, se déroule en deux temps. Les bains blancs, alcalins, débarrassent la peau de ses poils et de ses graisses ; les bains de tanins végétaux la stabilisent ensuite et la rendent imputrescible. Viennent la teinture, le séchage sur les terrasses, puis le lissage. Les peaux ainsi obtenues alimentent la maroquinerie de Fès, dont les babouches, les poufs et les sacs se vendent dans toute la médina. À Marrakech, la tannerie Sidi Moussa applique les mêmes principes à une échelle plus réduite.
Situer Chouara dans l'artisanat marocain
Le tannage est un métier urbain et corporatif, propre aux grandes villes comme Fès, où il occupe un quartier dédié, au bord de l'eau et à l'écart des habitations. Il ne relève pas du même monde que le tissage de montagne, qui produit le tapis Azilal, le tapis Beni Ouarain ou le tapis boucherouite, exécutés à domicile et sans organisation corporative. Confondre les deux filières conduit à attribuer à une tribu un objet fait en atelier, et inversement.
Aucun article Maison Tanger ne sort de ces cuves : nos sacs marocains sont réalisés en simili cuir PU (polyuréthane), sans matière animale. Connaître le travail des peaux reste utile pour lire un objet et comprendre d'où vient son vocabulaire.