La maroquinerie de Fès désigne la filière artisanale historique qui relie, à l'intérieur de la médina, les tanneries, les teinturiers et les façonniers travaillant la peau.
Ce n'est ni une marque ni un label, mais une chaîne de métiers installée de longue date dans un même périmètre urbain, chaque maillon dépendant du précédent. Elle compte parmi les savoir-faire structurants présentés dans le vestiaire marocain et ses accessoires, au même titre que le tissage ou la broderie.
Comment la filière est organisée
Tout commence à la tannerie. La tannerie Chouara, la plus visible de Fès, aligne des fosses où les peaux passent successivement au blanchiment, au tannage végétal puis à la teinture. En sortent des matières nommées par leur usage : le maroquin, peau de chèvre destinée à la reliure et aux objets fins, ou le ntaa, peau plus souple employée pour les babouches et les articles courants.
Viennent ensuite les façonniers : selliers, cordonniers, gainiers, chacun avec ses gestes et son quartier. La division du travail est stricte et ancienne ; c'est elle, plus que le talent d'un atelier isolé, qui explique la constance du résultat.
Un point de vocabulaire pour le lecteur français
Parler de maroquinerie ne dit rien, en soi, de la matière employée. En France, le décret 2010-29 réserve le mot cuir et ses dérivés aux matières issues de peau animale tannée ; aucune matière synthétique ne peut les porter, fût-ce avec un qualificatif. Ce que le commerce appelle « cuir vegan » n'est donc pas du cuir : c'est un polyuréthane.
La conséquence est simple. Les peaux travaillées à Fès sont bien des cuirs et se nomment ainsi. Les sacs Maison Tanger, eux, sont en simili cuir PU (polyuréthane), sans matière animale, et ne peuvent pas être désignés par le mot cuir. C'est une différence de matière et non une nuance de vocabulaire, et elle mérite d'être écrite noir sur blanc, y compris sur nos pages de sacs marocains.
Ce que cela change au regard
Face à un objet, deux vérifications suffisent : la composition annoncée, et la cohérence du travail. Sur une pièce issue de la filière, les tranches sont teintées et lissées, les coutures suivent le grain, et l'envers montre le même soin que l'endroit. Le reste du répertoire artisanal obéit à la même logique de spécialisation : le mejboud pour la broderie de fil posé, la mdamma pour la ceinture de cérémonie, la melhfa pour le drapé sahraoui. À Marrakech, la même vigilance s'impose : la ville vend beaucoup de ce qu'elle ne fabrique pas.