Dbagh : définition et origine

Le dbagh est le procédé de tannage pratiqué dans les médinas marocaines, qui transforme une peau brute en cuir stable en enchaînant l'épilage à la chaux, le confitage en bains alcalins puis le tannage aux tanins végétaux.

Le mot désigne à la fois l'opération et le quartier où elle se pratique ; celui qui l'exerce est le dabbagh, le tanneur. C'est l'une des activités fondatrices des métiers décrits dans notre guide du vestiaire marocain, et l'ensemble le plus visible reste la tannerie Chouara, à Fès, avec ses cuves ouvertes.

Les étapes

Le travail de rivière vient d'abord : trempage, lavage, puis pelanage à la chaux qui détache le poil et gonfle la peau. Suit le confitage, passage en bains alcalins qui assouplit la fibre et débarrasse la peau des résidus de chaux — étape traditionnellement conduite avec des matières organiques, et responsable de l'odeur des tanneries. Vient enfin le tannage proprement dit, aux tanins végétaux : écorces, feuilles, fruits riches en tanins, dont la takaout, tirée d'excroissances du tamaris ou du pistachier lentisque selon les régions. Les peaux séjournent en cuve, sont retournées, sorties, séchées, puis corroyées et teintes. Le résultat porte parfois un nom devenu européen : le maroquin, chèvre tannée et grenée qui a fait la réputation du pays.

Un métier de corporation

Le dabbagh n'est pas le maroquinier. La corporation des tanneurs traite la peau et s'arrête là : elle livre une matière. Le découpage, le montage, la couture et la finition relèvent d'autres corps de métier, avec leurs propres ateliers, leurs propres maâlems et leur propre hiérarchie d'apprentissage. Cette séparation explique la géographie des médinas : les tanneries sont reléguées en périphérie, près de l'eau et sous le vent, quand les selliers et les babouchiers occupent les rues marchandes. La confondre avec la maroquinerie donne une image fausse de la chaîne : un beau sac n'est pas la preuve d'un bon tannage, et inversement.

Ce que ça change à l'usage

Un cuir au tannage végétal réagit à l'eau, fonce à la lumière et se patine — comportement recherché ou subi selon l'objet. Rien de tout cela ne s'applique au simili cuir PU (polyuréthane) que nous employons : une matière enduite ne se patine pas, elle s'use en surface. Les autres repères du même monde d'atelier restent utiles à connaître, de la robe sahraouie qu'est la derraa à la pièce de dessus de takchita appelée la dfina, en passant par les villes d'Essaouira et de Fès. Nos sacs marocains se lisent avec ce vocabulaire, sans en emprunter les matières.

Voir aussi

Retour au blog