Melhfa : définition et origine

La melhfa est le voile drapé d'une seule pièce, sans couture ni fermeture, que les femmes sahraouies du sud marocain et de Mauritanie enroulent autour du corps et de la tête.

Elle occupe dans le vestiaire marocain une position à part : là où la plupart des pièces sont coupées, assemblées et ajustées, la melhfa reste un rectangle d'étoffe dont toute la tenue dépend du geste de celle qui la porte.

Un rectangle et un geste

Le tissu, léger et de grande longueur, se passe autour de la taille, remonte sur le buste, puis se rabat sur la tête en laissant un pan libre que la main retient ou relâche selon le moment. Rien ne l'attache : la tenue vient de la tension et de l'équilibre du drapé, ce qui explique la légèreté du tissu employé et le format allongé de la pièce. La derraa, ample tunique ouverte sur les côtés, en constitue le pendant masculin dans les mêmes régions.

Couleurs et impressions

La melhfa se distingue par ses couleurs franches, obtenues par teinture en bain ou par impression. Les bleus profonds renvoient à l'usage ancien de l'indigo (nila), dont le pigment se dépose en surface et déteint volontiers sur la peau. Les imprimés jouent souvent sur des trames géométriques répétées, proches par l'esprit du motif amazigh, sans pour autant former un vocabulaire décoratif fixe. Ces bleus et ces verts intenses se retrouvent, sur un tout autre support, dans les émaux de la poterie de Safi.

Melhfa ou haïk : ce qui les sépare

Les deux sont des drapés d'une seule pièce, et c'est là que s'arrête la ressemblance. Le haïk est citadin et septentrional, associé aux médinas du nord, généralement écru ou blanc, en laine ou en coton épais, et son drapé recouvre entièrement la silhouette, souvent maintenu par des attaches. La melhfa est saharienne, colorée, en étoffe fine, et son drapé laisse le mouvement visible. Aire géographique, couleur, matière, mode de tenue : quatre différences qui interdisent de traiter les deux mots comme des synonymes.

Ce que cela change à l'usage

Une melhfa se choisit à la longueur avant tout : trop courte, elle ne permet pas le tour complet et le pan de tête manque. Le tissu doit rester souple et un peu glissant pour que les tours se superposent sans gonfler à la taille. Les couleurs vives, surtout non fixées, peuvent migrer sur une doublure claire ou sur un sac porté à l'épaule — un point à surveiller autant qu'avec le mobilier tressé en palmier doum ou les coussins incrustés au ntaa, qui vivent dans le même intérieur saharien. Un lavage à froid, séparé, lors des premiers usages, règle la question. Pour les tenues d'apparat, la sélection caftans et robes marocaines relève d'une autre logique, celle du vêtement coupé.

Voir aussi

Retour au blog