Moisissure : définition et usage

La moisissure est le développement de micro-organismes fongiques sur les parties organiques d'un article — support textile, colles, apprêts, résidus de corps gras déposés par les mains — lorsque l'humidité reste piégée assez longtemps dans une ambiance close et peu ventilée.

Le point important est qu'elle ne s'attaque presque jamais au film de surface lui-même : elle s'installe sur ce qu'il y a dessous et autour. C'est pourquoi un article peut paraître sain à l'extérieur et sentir le renfermé à l'ouverture. Le guide des matières de maroquinerie classe ce défaut parmi les altérations de stockage, celles qui naissent d'un rangement et non d'un usage.

Comment on la reconnaît

Trois signes suffisent. L'odeur d'abord, terreuse et persistante, qui revient après aération. Le voile ensuite : un semis de points gris, verts ou noirs, ou un duvet blanchâtre qui s'enlève au chiffon sec mais laisse une trace. Les zones enfin : coutures, angles de fond, dessous des pieds, revers de parement et poches intérieures, c'est-à-dire partout où le support textile est accessible et où l'air circule mal.

Deux voisins prêtent à confusion. L'efflorescence de surface produit un voile blanc, mais poudreux, inodore et d'origine chimique, non biologique. L'auréole d'eau dessine un contour net avec un liseré plus foncé, sans odeur ni relief. La moisissure, elle, sent, et son voile est irrégulier.

Un séjour humide prolongé enclenche par ailleurs un second mécanisme, plus lent et invisible : l'hydrolyse, qui décompose peu à peu le polymère d'une enduction. Un article moisi est souvent un article qui a aussi vieilli chimiquement.

L'erreur fréquente : la housse plastique étanche

On range un sac dans le sachet transparent d'origine ou dans une housse plastique, en croyant le protéger de la poussière. On l'y enferme surtout avec l'humidité qu'il contenait au moment du rangement — celle d'une journée de pluie, d'un retour de vacances, d'une cave ou d'une armoire fraîche. Le plastique empêche l'eau de s'évaporer, la température ambiante fait le reste, et la condensation s'installe contre les parois. C'est très exactement le milieu que cherchent les moisissures : humide, tiède, confiné, riche en matière organique.

La règle d'atelier est inverse : un article se range sec, dans un sac en coton respirant, dans un espace ventilé, jamais au sol ni contre un mur froid. On retire les papiers de calage humides, on laisse une aération, on évite les sous-sols. Un article repris en cours d'hiver se laisse revenir à température avant d'être rangé.

À l'usage, la sanction est double : l'odeur imprègne les doublures et migre vers ce qu'on y range, et les taches de pigment fongique s'ancrent dans les fibres claires. Un traitement précoce — brossage à sec en extérieur, essuyage doux, séchage lent à l'air, jamais au radiateur ni au sèche-cheveux — règle la plupart des cas. Cela vaut pour les sacs en simili cuir végane comme pour la petite maroquinerie, et pour les matières voisines : une mousseline ou tout non-tissé se comportent comme des éponges, un nappa animal encore davantage, et les matières issues de mycélium, biosourcées, réclament la même discipline de stockage.

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