La randa est le travail ajouré de passementerie et de dentelle à l'aiguille appliqué en bordure des caftans et des takchitas, où il forme un liseré évidé le long des ouvertures.
Elle constitue l'une des finitions les plus reconnaissables du vestiaire marocain de cérémonie, et sa présence sur un encolure ou un devant suffit souvent à situer le niveau de façon d'une pièce.
Un ajour construit à l'aiguille
La randa se monte à partir d'un fil tendu et de boucles nouées les unes aux autres : la brodeuse construit des brides, ménage des vides réguliers, puis fixe l'ensemble sur le bord du vêtement. Le résultat n'est pas un galon rapporté mais une structure autonome, tenue par sa propre géométrie. Le travail est associé aux ateliers de Salé et de Tétouan, où il se transmet avec les autres finitions de bordure. Il va souvent de pair avec l'aakad, le bouton olive tressé et sa bride, qui ferme le devant sur le même liseré.
Randa, sfifa, dentelle mécanique
Deux distinctions comptent. La première oppose la randa à la sfifa : le galon de sfifa est plein, tissé ou tressé, et sert à protéger et masquer un bord ; la randa est ajourée, et laisse voir la doublure ou la peau à travers ses vides. On les emploie fréquemment ensemble, la sfifa posée d'abord, la randa en surplomb.
La seconde oppose la randa à la dentelle mécanique importée qui l'imite. L'imitation se repère à sa régularité : motif rigoureusement identique d'un rapport à l'autre, revers aussi propre que l'endroit, fil brillant et parfaitement calibré, bord thermocollé ou droit. Une randa faite à l'aiguille montre au contraire de légers écarts de tension, des nœuds visibles au revers et un raccord de motif qui se négocie dans l'angle. Ce n'est pas un défaut : c'est la preuve du geste.
Ce que cela change à l'usage
Une bordure ajourée est fragile par construction : les vides accrochent les bagues, les fermoirs et les bandoulières. On l'enfile bras d'abord, on ne la frotte pas, et on la lave à la main à froid, à plat, pour éviter que le poids de l'eau ne distende les brides. Ce temps de main-d'œuvre élevé, comparable à celui d'autres productions marocaines cueillies ou nouées une à une, du safran de Taliouine au tressage du raphia, explique l'écart de prix entre une vraie randa et une dentelle posée à la machine. Rien à voir non plus avec les finitions rustiques d'un sac berbère ni avec les fils brillants dits sabra, qui relèvent d'autres usages. Les bordures travaillées de la sélection caftans et robes marocaines s'inscrivent dans cette grammaire de finition.