Tétouan, savoir-faire : définition et origine

Tétouan est une ville du nord du Maroc, refondée à la fin du XVe siècle par des exilés andalous, dont la médina est inscrite au patrimoine mondial depuis 1997 et dont l'artisanat perpétue une tradition hispano-mauresque.

La refondation explique le reste. Les familles chassées de la péninsule y transportent leurs métiers — broderie, plâtre sculpté, bois peint, dinanderie — et les installent dans une médina de dimensions modestes, restée l'une des mieux conservées du Maghreb. C'est ce fonds andalou, et non un vernis récent, qui donne au Nord sa place particulière dans le vestiaire marocain.

L'erreur : réduire le Nord au protectorat espagnol

Tétouan a été capitale de la zone d'influence espagnole, et cet épisode a laissé une empreinte visible dans l'urbanisme comme dans la langue. Mais dater de là le savoir-faire tétouanais revient à effacer quatre siècles d'atelier. La broderie tétouanaise, avec ses compositions symétriques et ses gammes soutenues, lui est antérieure ; la keswa el kbira, costume de cérémonie porté dans les villes du Nord, l'est également. L'administration coloniale a inventorié, encadré et parfois figé ces pratiques ; elle ne les a pas créées.

Dar Sanaa et la transmission

La transmission passe aujourd'hui par Dar Sanaa, l'institut des arts et métiers installé dans la médina, où chaque technique s'enseigne atelier par atelier. On y retrouve la logique commune aux villes d'art marocaines : un métier, un maître, une série de gestes normés, un apprentissage long. Le même modèle vaut pour Chefchaouen, voisine et complémentaire, dont le tissage relève d'un autre versant du Nord.

Reconnaître une facture tétouanaise

Le vocabulaire décoratif est andalou : entrelacs, arcs polylobés, rinceaux réguliers, symétrie d'axe. Il se distingue nettement des répertoires amazighs — l'écriture tifinagh, le signe yaz, les bandes du tissage du Haut Atlas — qui procèdent par signes et par comptage plutôt que par arabesque continue. Le zellige employé dans les demeures de la médina obéit au même goût de la symétrie d'axe.

Pour un vêtement, cela donne des broderies denses posées en bordure et en plastron, une construction qui tient l'épaule et une coupe qui tombe droit sans casser. Ce registre irrigue une partie de nos caftans ; la même grammaire d'entrelacs se lit, réduite à quelques lignes, sur nos sacs marocains.

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