La sfifa est le galon plat tressé qui borde l'encolure, les fentes et les manches du caftan marocain, produit par le passementier qui fabrique aussi les boutons de la même parure.
Elle appartient à la famille des finitions rapportées, celles que l'on pose une fois le vêtement assemblé et qui décident de son allure finale. Dans le vestiaire marocain, elle est au caftan ce qu'un passepoil est à une veste : une bordure qui tient le bord autant qu'elle l'orne.
Comment elle est faite
Le passementier tresse plusieurs fils sur un métier étroit ou à la main, en un ruban plein, régulier, de quelques millimètres à deux ou trois centimètres de large. Le galon est ensuite cousu à plat sur le bord, parfois en double rang, et il rigidifie la ligne : une encolure bordée de sfifa garde sa forme, une fente ne baille plus. Le même artisan monte les boutons tressés, les aakad, et leurs brides ; l'ensemble sort du même établi, avec les mêmes fils, ce qui explique l'unité de ton que l'on observe sur les pièces bien montées.
L'erreur fréquente
On confond régulièrement la sfifa et la randa. Les deux bordent, mais elles ne relèvent pas du même travail : la sfifa est un galon plein, tressé puis appliqué ; la randa est un décor ajouré, construit par le vide, monté à l'aiguille directement sur le vêtement. La première se déroule au mètre, la seconde se fabrique sur place et ne peut pas se déplacer. À l'oeil, il suffit de regarder par transparence : si la lumière passe à travers le motif, c'est de la randa.
Où on la trouve sur le vêtement
Sur une pièce à deux épaisseurs, le galon est réservé à la robe de dessus, la dfina, tandis que la tahtiya portée dessous reste unie, puisqu'elle n'apparaît qu'en partie. Sur les modèles de cérémonie, la sfifa se combine à un fil lamé, le skalli, qui souligne le bord sans le remplacer. La couleur du galon, elle, vient des teinturiers : c'est au souk Sebbaghine que les écheveaux prennent leur teinte avant d'arriver chez le passementier. Comme pour le tadelakt, le résultat dépend moins de la matière que de la main qui l'applique.
Ce que cela change à l'usage
Une sfifa bien posée se contrôle en trois points : la couture doit être invisible sur l'endroit, les angles doivent être coupés en onglet et non simplement repliés, et les extrémités doivent être arrêtées sous le galon, jamais coupées net. Un galon qui se décolle en bout de fente est le premier signe d'une finition bâclée. À l'entretien, on repasse à basse température et sur l'envers, un fil tressé serré marquant vite sous un fer trop chaud. C'est ce niveau de finition que nous regardons en priorité sur nos caftans.