Skalli : définition et origine

Le skalli est le fil lamé doré ou argenté employé dans la broderie et le brochage marocains, constitué d'une lamelle métallique ou métallisée enroulée en spirale autour d'une âme textile.

Le mot désigne à la fois la fourniture et l'effet obtenu, ce qui explique une bonne part des malentendus qui l'entourent. Dans le vestiaire marocain, il signale la pièce de cérémonie : là où il apparaît, le vêtement sort de l'usage quotidien.

L'erreur fréquente : ce n'est pas de l'or

Acheter du skalli, ce n'est pas acheter du métal précieux. La lamelle est un alliage ou un support métallisé, et sa tenue dépend de sa composition, non d'un titrage. Un lamé de qualité garde son éclat parce que sa couche superficielle résiste à l'oxydation et au frottement ; un lamé bon marché ternit, noircit sur les arêtes, puis s'écaille en laissant apparaître l'âme claire. Aucun poinçon, aucune garantie de titre ne s'applique ici : le seul repère fiable est le comportement du fil après quelques ports.

Comment on l'emploie

Le skalli se travaille rarement en aiguille traversante, car la lamelle s'abîmerait au passage du tissu. Il est le plus souvent couché en surface et fixé par un fil discret, technique dont le mejboud est la forme marocaine la plus connue, avec son cordonnet posé en arabesques continues. On le retrouve aussi tissé dans la ceinture de cérémonie, le hzam, et brodé sur les babouches d'apparat, les cherbil. Le tarz rbati, lui, relève d'une autre logique, celle du point compté polychrome, et se passe généralement de lamé.

Sur une tenue à deux épaisseurs, le lamé reste sur la pièce visible ; la tahtiya portée dessous demeure unie. Les fils de couleur qui l'accompagnent sortent des bains du souk Sebbaghine, quand le lamé, lui, arrive déjà métallisé chez le brodeur. Les fonds sombres sur lesquels il ressort le mieux étaient obtenus au tanin, notamment à la takaout. Comme le tadelakt, le skalli nomme autant un matériau qu'un savoir-faire de mise en oeuvre.

Ce que cela change à l'usage

Une broderie lamée impose des précautions simples. On ne repasse jamais dessus : le fer se pose sur l'envers, à basse température, avec une pattemouille. On évite les parfums et les laques vaporisés à proximité, qui accélèrent le ternissement. Le rangement se fait à l'abri de la lumière, plié de façon à ce que le lamé ne frotte pas contre lui-même, une feuille de papier neutre glissée entre les épaisseurs suffisant à éviter les marques. Enfin, un lamé qui accroche un fil se répare en repoussant la boucle par l'envers, jamais en coupant. Ces réflexes valent pour toutes les pièces brodées, y compris celles de nos caftans.

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