La takaout est la galle riche en tanin qui se forme sur le tamaris, récoltée puis broyée pour servir dans les tanneries marocaines et dans la teinture des laines, où elle donne des bruns et des noirs.
Elle appartient à la boîte à outils des tanneurs au même titre que la chaux ou le son d'orge, et son emploi déborde largement le cuir : les teinturiers l'utilisent aussi sur fibre, seule ou comme mordant. C'est l'un des mots d'atelier qui relient la matière première aux pièces finies du vestiaire marocain.
Sa place dans le tannage
Le dbagh, le tannage traditionnel, ne repose jamais sur une seule matière. Les peaux passent d'abord par des bains de chaux qui décollent les poils et gonflent la fibre, puis par un travail de rivière qui rince et assouplit, avant seulement d'entrer dans les cuves de tanin. La takaout intervient à cette étape, souvent associée à d'autres sources végétales selon la teinte visée et le type de peau. Le procédé se compte en semaines et se juge à la coupe : un cuir bien tanné présente une tranche de couleur homogène, sans coeur clair resté cru.
L'erreur fréquente
Résumer le tannage végétal marocain à une plante unique est une simplification tenace, entretenue par les visites rapides des sites touristiques. Ce que l'on observe dans les cuves de la tannerie Chouara à Fès, comme dans celles de la tannerie Sidi Moussa à Marrakech, est une succession de bains dont chacun a une fonction distincte : dépilage, assouplissement, tannage proprement dit, puis teinture. La couleur finale ne vient pas du tanin seul ; elle se construit par-dessus, avec des colorants comme la garance (fouwa) pour les rouges.
Sur la laine
Employée sur fibre, la takaout donne des bruns profonds et sert de base aux noirs, très difficiles à obtenir directement. Ces tons se retrouvent sur les laines d'hiver et sur les pièces sobres, y compris les robes de dessous d'une takchita quand on veut un fond mat. Les usages varient selon les régions et les ateliers, ceux de Tanger ne travaillant ni les mêmes laines ni les mêmes commandes que ceux du Sud.
Ce que cela change à l'usage
Un cuir tanné aux tanins végétaux fonce à la lumière, absorbe les corps gras et marque durablement, ce qui plaît à certains et gêne les autres ; il demande un entretien régulier et supporte mal l'eau chaude. Une surface en simili cuir PU répond à d'autres contraintes : elle ne patine pas, se nettoie à l'éponge humide et se dégrade plutôt par le vieillissement de sa couche superficielle. Ce sont deux logiques de durée différentes, et c'est le second parti que nous avons retenu pour nos sacs marocains.