Le souk Sebbaghine est le quartier des teinturiers dans les médinas marocaines, à Fès comme à Marrakech, où les écheveaux de laine et de fil sortis des cuves sont mis à sécher au-dessus des ruelles.
Son nom vient de sabbagh, le teinturier, et il désigne une organisation de métier autant qu'un lieu : cuves encastrées dans le sol, foyers de chauffe, cordes tendues d'un mur à l'autre. C'est le maillon qui relie les matières premières aux ateliers du vestiaire marocain, puisque aucun galon, aucune broderie et aucun tissage ne prend sa couleur ailleurs.
Ce que l'on y voit
Le quartier se reconnaît d'abord au plafond de couleurs qu'il forme au-dessus du passant, puis à l'odeur des bains chauds. Les cuves sont regroupées par tons, chaque teinturier travaillant plutôt une gamme, et les écheveaux sont essorés à la main sur un bâton avant séchage. À Fès, le souk jouxte les circuits de la kissaria, où les étoffes finies sont vendues ; à Marrakech, il occupe une rue étroite proche des tanneurs, dans une logique d'eau partagée.
L'erreur fréquente
Ces bains ne sont pas tous végétaux. Les colorants de synthèse dominent la production depuis la fin du XIXe siècle, parce qu'ils sont plus stables, plus réguliers d'un bain à l'autre et beaucoup moins coûteux en temps. Les teintures traditionnelles subsistent, mais sur des commandes précises : l'indigo (nila) pour les bleus, obtenu par un bain de cuve réduit puis oxydé à l'air, la garance (fouwa) pour les rouges, et les tanins comme la takaout pour les bruns et les noirs. Prendre chaque cuve pour un bain végétal, c'est se raconter une médina qui n'existe plus depuis longtemps.
Ce que cela change au vêtement
La teinture décide de la tenue de la couleur bien plus que la matière. Un fil mal fixé dégorge au premier lavage et migre sur les pièces claires voisines, ce qui se voit immédiatement sur une takchita dont la robe de dessus est vive et la tahtiya unie et pâle. Deux vérifications suffisent avant le premier entretien : frotter un coin humide sur un linge blanc, et laver séparément la première fois. Un séchage à l'ombre, comme au souk, limite la décoloration ; le plein soleil affaiblit les rouges en quelques saisons.
Les métiers voisins fonctionnent sur le même principe de geste répété : le tadelakt, enduit de chaux serré à la pierre, s'apprend lui aussi par la main. Ce sont ces critères de tenue de couleur que nous appliquons aux caftans comme aux sacs marocains.