Tapis de Taznakht : définition et origine

Le tapis de Taznakht désigne la production nouée et tissée des Ouzguita, groupe établi autour du Jbel Siroua, entre Ouarzazate et Taroudant, dont la palette est dominée par les rouges.

Taznakht est le bourg qui sert de marché à cette production et lui a donné son nom d'usage. Le guide du vestiaire marocain replace ces pièces dans l'ensemble des textiles du Sud, où tapis, couvertures et vêtements de laine relèvent des mêmes ateliers domestiques.

Comment on le reconnaît

Le fond est rouge ou orangé, obtenu historiquement à la garance (fouwa), racine tinctoriale cultivée et broyée sur place. Sur ce fond se déploient des bandes horizontales alternées, semées de losanges, de chevrons et de petits signes clairs, avec une densité de décor élevée. Beaucoup de pièces mêlent le nœud et le tissage à plat dans un même ouvrage : des registres de velours succèdent à des registres lisses, technique que l'on retrouve dans le hanbel. Les procédés relèvent de la famille du tissage du Haut Atlas, dont le Siroua occupe la marge méridionale.

L'amalgame à éviter

Le marché regroupe volontiers sous une même étiquette de tapis berbère des pièces qui n'ont ni la même origine ni la même palette. Les tapis clairs de l'Atlas central, à fond écru et tracés libres, appartiennent à d'autres tribus et à d'autres vallées. Taznakht est saturé de couleur, structuré en registres, et ne cherche pas le vide : confondre les deux revient à traiter comme un style unique ce qui est une géographie. La même vigilance s'impose devant l'akhnif, manteau de laine du Siroua souvent présenté sans mention de son aire d'origine.

Un répertoire rural, distinct des écoles urbaines

Les signes semés sur le fond rouge appartiennent à un fonds commun que l'on retrouve gravé dans le tatouage amazigh des femmes du Sud : mêmes chevrons, mêmes losanges, mêmes points groupés. Ce fonds n'a rien à voir avec les écoles de broderie citadine, le tarz fassi de Fès et le tarz rbati de Rabat, ni avec les objets diffusés par l'administration comme le tarbouche. Les nommer séparément évite de tout ranger sous l'étiquette commode de motif berbère.

Ce que cela change à la lecture d'une pièce

Un rouge de garance vieillit en s'assourdissant, sans virer au rose franc ; une teinture chimique récente reste plus criarde et se décharge davantage au premier lavage. La régularité des registres et la finesse des petits signes indiquent le temps passé sur le métier. Regarder l'envers reste le geste le plus sûr : il révèle la densité réelle et l'alternance des techniques. Ce réflexe de lecture par la construction vaut pour tout objet fabriqué, y compris nos sacs marocains.

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