Le terz el-ghorza, littéralement « broderie au point », désigne la technique de point compté réversible qui donne à la broderie citadine marocaine un endroit et un envers rigoureusement identiques.
Le mot ghorza nomme le point lui-même, celui que forme l'aiguille en franchissant l'étoffe. Travailler el-ghorza, c'est donc compter : la brodeuse relève les fils de chaîne et de trame du support, avance d'un nombre fixe de fils à chaque passage et construit sa figure par addition, sans dessin préalable tracé sur le tissu. Cette discipline arithmétique place le terz el-ghorza parmi les techniques structurantes du vestiaire marocain, où chaque ville possède sa main et son répertoire.
Une technique, pas un motif
L'erreur la plus répandue consiste à employer « terz el-ghorza » comme s'il s'agissait d'un dessin identifiable, au même titre qu'une rosace ou une palmette. Le terme ne désigne rien de tel. Le répertoire décoratif appartient au tarz fassi, la broderie de Fès ; le terz el-ghorza en est le moyen d'exécution. La distinction devient évidente dès qu'on compare avec le tarz rbati de Rabat, qui déploie des compositions florales au point passé empiétant, ni compté ni réversible. Même famille géographique, logique de point opposée.
Reconnaître un travail réversible
Le contrôle tient en un geste : retourner la pièce. Sur un terz el-ghorza conduit correctement, l'envers reproduit l'endroit trait pour trait — mêmes contours, même densité, ni nœud d'arrêt, ni fil flottant tendu d'un motif à l'autre. Les fils de départ et d'arrêt sont noyés sous les points déjà posés. Le savoir-faire de Tétouan pratique la même exigence de propreté au revers, avec ses propres grilles.
Second repère : les figures naissent du comptage et restent géométriques, jamais figuratives. Le terz el-ghorza ne code aucun signe, à la différence de l'écriture tifinagh ou du symbole yaz, et à la différence de certaines bandes du tissage du Haut Atlas, qui se lisent.
Ce que la réversibilité change à l'usage
Une broderie sans flottés n'accroche ni les bagues ni les fermetures, et ne se déforme pas quand la doublure bouge. Elle autorise les emplois où les deux faces se voient : revers de manche, pan de devant relevé, bordure de ceinture. C'est aussi pourquoi un galon brodé de cette manière supporte le nettoyage sans se défaire en cascade — un point coupé ne libère pas toute une ligne. Sur les caftans contemporains, ces grilles servent surtout de plastron et de bordure d'encolure ; la même logique de comptage, transposée en surpiqûre décorative, se lit dans le registre graphique de nos sacs marocains.