Chefchaouen est une ville du Rif marocain fondée en 1471, connue pour son tissage de laine, ses jellabas de montagne et ses couvertures rayées produites sur métiers manuels.
Ces productions alimentent depuis longtemps les pièces de dessus du vestiaire marocain. La laine des troupeaux du Rif y est filée, teinte et tissée en draps épais, destinés aux capes, aux couvertures et à la jellaba, dont les versions locales se reconnaissent à leur grain rustique et à leur capuchon large.
Ce que fabrique la ville
Le métier dominant est le tissage de laine, sur métier à pédales, en armures simples qui laissent le fil visible. À côté, les ateliers produisent des pièces de coton rayé de la famille de la fouta, portées en pièce de taille et employées au hammam. Le travail des franges, la finition des lisières et le foulage sont les points où se juge une pièce. Ce savoir-faire s'inscrit dans un réseau régional dont Tétouan, à une quarantaine de kilomètres, constitue l'autre pôle, plus urbain et plus orienté vers la broderie et le décor.
L'erreur fréquente : le mythe de la ville bleue
La médina peinte en bleu est aujourd'hui l'image de marque de Chefchaouen, et cette image est plus récente et plus incertaine qu'on ne le dit. L'origine du badigeon est contestée : on invoque tour à tour l'influence des réfugiés juifs installés dans les années 1930, une simple pratique d'entretien à la chaux additionnée de pigment, et une valorisation touristique tardive qui a généralisé et uniformisé la couleur. Aucune de ces explications ne fait consensus. Un point est en revanche certain : ce bleu de mur est un badigeon minéral, il n'a rien à voir avec l'indigo (nila), colorant de cuve utilisé pour teindre les fibres, qui relève d'une chimie et d'un métier entièrement différents.
Ce que ça change concrètement
Pour qui achète, la distinction est utile : une couverture de Chefchaouen tire sa valeur de son tissage, de sa laine et de sa finition, pas d'une couleur devenue argument touristique. Une laine tissée main se lave à froid ou se confie à un nettoyage professionnel, jamais en machine chaude, qui la feutre. Les teintures artisanales dégorgent au premier lavage : on lave séparément et on sèche à plat, à l'ombre.
Dans l'ensemble régional
Le nord marocain fait travailler ensemble plusieurs métiers : la chaussure féminine brodée appelée cherbil, la vannerie du couffin, les parures montées de coquillages cauris et, pour la maroquinerie, le cuir filali venu du sud. Cette culture du tissage rayé et des teintes minérales inspire les coloris de nos sacs marocains.