Cuivre ciselé : définition et origine

Le cuivre ciselé désigne la dinanderie marocaine, c'est-à-dire le travail du métal en feuille mis en forme au marteau puis décoré au ciselet, dont relèvent les plateaux, théières, aiguières, lanternes et poignées de porte.

Ce métier tient une place centrale dans les métiers d'art que retrace notre guide du vestiaire et de l'artisanat marocains. Il se concentre à Fès, autour de la place Seffarine dont le nom vient précisément des batteurs de métal qui y travaillent, et dans les souks de Marrakech. L'atelier est bruyant par nécessité : la forme s'obtient au martelage, pas à la fonte.

Deux gestes, deux résultats

Le premier geste est la mise en forme. Une feuille plate est rétreinte au marteau sur des tas de fer jusqu'à obtenir un creux, un col, un bec. Les traces de coups restent visibles : ce sont elles qui donnent la surface vibrée d'un plateau martelé. Le second geste est la ciselure. Le décor est frappé à froid au ciselet, outil poussé à petits coups qui déplace la matière sans l'enlever, ou tracé au burin qui, lui, enlève du copeau. Le motif suit des registres géométriques et floraux, souvent organisés en couronnes concentriques. Un maâlem, maître d'atelier, mène le travail et forme les apprentis à ce répertoire.

L'erreur fréquente : cuivre ou laiton

On appelle « cuivre » l'ensemble de ces objets, mais la majorité des pièces jaunes vendues au souk sont en laiton, alliage de cuivre et de zinc. Le cuivre pur, dit cuivre rouge, est plus tendre, plus rosé, plus cher, et se ternit vers le brun. Le laiton est jaune, plus dur, plus facile à polir et à emboutir. Le test le plus simple reste la couleur sous la rayure : rouge sous une éraflure fraîche pour le cuivre, jaune pâle pour le laiton. Certaines pièces sont en outre étamées à l'intérieur, ce qui n'a rien de décoratif : c'est ce qui les rend aptes au contact alimentaire.

Ce que ça change à l'usage

Ces métaux s'oxydent. Une patine sombre n'est pas un défaut de fabrication mais une couche de surface ; on la retire au polissage doux, on la conserve si l'on préfère l'aspect mat. Les pièces vernies, elles, ne se polissent pas : le vernis se raye et se ternit par plaques. Le vocabulaire décoratif circule avec les autres métiers de médina, du filigrane d'argent aux quartiers voisins où travaillent les tanneurs du dbagh. On croise ce même goût du métal jusque sur les vêtements du Sud comme la derraa ou les pièces de dessus de la takchita telles que la dfina, et il s'enseigne encore à Dar Sanaa. Sur nos sacs marocains, la même logique s'applique à la boucle et au mousqueton : le métal se choisit avant le décor.

Voir aussi

Retour au blog