Derraa : définition et origine

La derraa est une vaste robe masculine sans manches, de coupe très ample, bleue ou blanche, portée dans le sud du Maroc et dans l'ensemble de l'aire saharienne.

Elle appartient au registre le plus méridional du vestiaire marocain : deux lés cousus, une ouverture d'encolure large, des côtés ouverts qui laissent passer l'air et le bras. L'ampleur n'est pas décorative, elle est climatique — l'air circule sous le vêtement, la sueur s'évapore, le tissu tient le corps à distance du soleil. Le pendant féminin est la melhfa, longue pièce drapée et nouée, tandis que la gandoura, plus courte et plus ajustée, appartient à une autre famille de tuniques.

L'erreur fréquente : les « hommes bleus »

L'expression laisse croire à une peau naturellement teintée ou à un usage cosmétique. La réalité est textile. L'indigo, appelé nila, est ici appliqué en surface sur le tissu puis lustré au battage plutôt que fixé en profondeur par une série de bains. Le pigment reste donc en partie libre : il transfère sur la peau à la chaleur et au frottement. Ce transfert n'est pas un défaut aux yeux de qui porte le vêtement ; le dépôt est même recherché, et l'aspect lustré, presque métallique, du tissu battu est un signe de qualité. Mais il explique aussi pourquoi une derraa neuve marque tout ce qu'elle touche.

Seconde confusion : la derraa est régulièrement présentée comme une tenue touarègue. Les aires se recoupent au Sahara et les silhouettes se ressemblent de loin, mais le vêtement décrit ici relève du Sud marocain et sahraoui, avec ses propres coupes, ses propres broderies d'encolure et son propre vocabulaire. Assimiler les deux efface des différences régionales que les porteurs, eux, lisent au premier coup d'œil.

Ce que ça change à l'usage

Un vêtement teint en surface se lave séparément, à l'eau froide, et ne se frotte pas. Il déteint sur les tissus clairs et sur les doublures de sac. On le range plié, jamais serré contre une pièce blanche. Sa coupe, elle, a durablement irrigué la mode : l'ampleur sans manches, l'encolure large et la ligne tombante se retrouvent dans les dfina et autres pièces de dessus, comme dans les caftans contemporains. Le reste du contexte artisanal — les villes de Fès et d'Essaouira, les parures d'argent comme la fibule tizerzai — complète cette lecture. Nos caftans et robes marocaines reprennent cette idée d'ampleur, dans des tissus stables qui ne transfèrent pas.

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