La dfina est la pièce de dessus de la takchita marocaine, robe ouverte et souvent transparente, brodée ou brochée, que l'on porte par-dessus la robe de dessous.
Elle n'existe pas seule : la takchita est par définition un ensemble à deux étages, et la dfina en est l'étage visible. Sous elle vient la tahtiya, robe pleine et ajustée, généralement dans un tissu mat qui sert de fond. Ce dispositif à deux couches est l'un des marqueurs les plus reconnaissables du vestiaire marocain de cérémonie : la dfina laisse deviner la couleur du dessous, et c'est ce jeu de superposition qui fait l'effet.
Comment on la reconnaît
Elle est ouverte sur le devant, fermée par une rangée de boutons passementés et de brides, ou maintenue par une ceinture large. Le tissu est plus léger que celui de la tahtiya, souvent ajouré, transparent ou broché de fils métalliques. Les bords — encolure, devant, poignets, ourlet — sont soulignés par la sfifa, galon de passementerie tressé qui borde et rigidifie la coupe en même temps qu'il la décore. C'est souvent à la finesse de ce galon, et à la régularité de sa pose, qu'on juge la qualité d'un ensemble.
L'erreur fréquente : un mot, plusieurs usages
Le vocabulaire n'est pas stabilisé à l'échelle du pays. À Fès, on dit couramment dfina ; ailleurs, la même pièce sera appelée fouqia. Et la frontière avec la mansouria reste flottante d'un atelier à l'autre : certains réservent ce nom à une pièce de dessus plus vaporeuse et non ajustée, d'autres l'emploient comme synonyme. Chercher une définition unique est une impasse ; mieux vaut demander à la couturière ce qu'elle entend par le terme. Cette instabilité n'est pas un désordre : elle signale un vêtement encore vivant, retravaillé par chaque ville et chaque génération.
Ce que ça change à l'usage
Une dfina se choisit en fonction de la tahtiya, pas l'inverse : c'est la robe de dessous qui donne la couleur perçue à travers le tissu. Les fils métalliques du brochage ne supportent ni le fer chaud posé à plat ni le lavage en machine — on repasse à l'envers, sur pattemouille, ou on confie la pièce à un nettoyage spécialisé. Le même goût de la superposition et du galon se retrouve dans d'autres registres, des villes d'atelier comme Fès et Essaouira aux parures d'argent telles que la fibule tizerzai ou le filigrane. Nos caftans et robes marocaines en gardent la lecture par couches, dans des coupes plus simples à entretenir.