Indigo (nila) : définition et origine

L'indigo, nila en arabe marocain, est une teinture de cuve extraite des feuilles de l'indigotier, longtemps importée au Maroc par les routes sahariennes et employée pour teindre en bleu les étoffes du sud.

Il constitue, avec la garance et le henné, l'un des colorants historiques du pays, et colore plusieurs pièces recensées dans notre guide du vestiaire marocain.

Une chimie à part

L'indigo ne se comporte comme aucun autre colorant traditionnel. Il est insoluble dans l'eau : on ne peut pas simplement le dissoudre et y plonger la fibre. Il faut le réduire dans un bain alcalin privé d'oxygène — la cuve — où il devient soluble et prend une teinte jaune-vert. L'étoffe trempée en ressort de cette couleur, puis bleuit à l'air en quelques minutes, à mesure que le colorant se réoxyde et se fixe mécaniquement dans la fibre. La profondeur du bleu ne dépend pas de la concentration mais du nombre de trempages successifs. C'est la différence de fond avec la garance, qui exige un mordant et une seule immersion prolongée. Les quartiers de teinturiers, comme le souk Sebbaghine, organisaient leurs cuves et leurs séchoirs autour de cette contrainte.

Le bleu du sud

Le bleu indigo est associé aux populations sahariennes et présahariennes, et notamment aux grandes tuniques amples de type derraa. Le colorant y est appliqué en forte charge, et il déteint volontairement sur la peau — un caractère recherché, non un défaut. Comme le colorant se dépose en surface plutôt qu'il ne pénètre le cœur du fil, une étoffe indigo s'use en s'éclaircissant par les points de frottement, ce qui donne les dégradés caractéristiques des pièces anciennes.

L'erreur : l'indigo et le bleu de Chefchaouen

On lit fréquemment que les murs de Chefchaouen doivent leur couleur à l'indigo des teinturiers. C'est inexact. Ces bleus sont obtenus par des badigeons de chaux additionnés de pigment minéral, refaits régulièrement. Un colorant de cuve destiné à la fibre textile n'a ni la tenue ni le mode d'accroche nécessaires sur un enduit mural. La confusion vient de la coexistence, dans les médinas du nord, d'un artisanat de la teinture et d'une tradition de badigeon coloré : deux techniques voisines par la couleur, sans rapport par la chimie.

Ce que cela change à l'usage

Une étoffe teinte à l'indigo relâche de la couleur aux premiers lavages et peut marquer les textiles clairs placés à son contact : on la lave seule, à l'eau froide, sans lessive alcaline. Elle se sèche à l'ombre, la lumière directe accélérant l'éclaircissement. Cette migration explique aussi pourquoi il vaut mieux éviter de porter une pièce indigo neuve avec un jabador écru, une jellaba claire ou un ensemble de cérémonie comme la keswa el kbira. Même prudence avec les bijoux et pendentifs portés à même l'étoffe, une khamsa par exemple, qui peuvent se teinter au contact. Sur un accessoire clair de la collection sacs marocains, le principe est le même : le transfert vient du textile, pas de l'accessoire.

Voir aussi

Retour au blog