La takchita est une tenue de cérémonie féminine marocaine composée de deux robes superposées, une robe de dessous et une robe de dessus ouverte, resserrées à la taille par une ceinture, et dont la forme s'est fixée dans les milieux citadins de Fès, Rabat et Tétouan.
Elle appartient au registre des grandes occasions : mariages, fiançailles, fêtes de famille. Pour la situer parmi les autres pièces du costume, le guide du vestiaire marocain replace chaque vêtement dans son usage. La takchita y voisine avec le caftan, dont elle procède directement, mais dont elle se sépare par sa construction en deux épaisseurs.
Les trois éléments qui la composent
La pièce portée à même le corps est la tahtiya : une robe fermée, de coupe droite, généralement dans un tissu uni qui sert de fond. Par-dessus vient la dfina, appelée aussi fouqia, robe de dessus ouverte sur le devant, plus travaillée, brodée ou passementée, qui laisse voir la première par son ouverture. L'ensemble ne tient sa silhouette que par la mdamma, ceinture large portée haut sur la taille, qui marque le corps et retient les deux épaisseurs l'une contre l'autre.
On reconnaît donc une takchita à trois signes cumulés : deux robes distinctes, une ouverture verticale sur la pièce du dessus, une ceinture qui structure. Retirer l'un des trois change la nature du vêtement.
L'erreur fréquente : takchita et caftan ne sont pas synonymes
L'usage commercial emploie les deux mots l'un pour l'autre, ce qui est inexact. Le caftan est une pièce unique : une longue robe qui se suffit à elle-même et se porte sans superposition obligatoire. La takchita, elle, est un assemblage. Elle apparaît comme une élaboration citadine du caftan, dédoublé puis ceinturé pour les cérémonies. Nommer takchita une robe simple, c'est désigner un ensemble par une seule de ses parties.
Repères régionaux
La takchita est un vêtement de ville, formalisé dans les ateliers de broderie de l'intérieur du pays. Les cités portuaires ont joué un autre rôle : Tanger fut davantage un lieu de passage et d'exportation qu'un foyer de couture de cérémonie. La distinction vaut aussi entre métiers : la peausserie de la tannerie Chouara à Fès et celle de la tannerie Sidi Moussa à Marrakech relèvent du travail des peaux, tandis que le tapis Azilal appartient au tissage rural de l'Atlas. Ces filières se côtoient sans se confondre.
À l'usage, la superposition oblige à penser les deux tissus ensemble : un dessous trop épais gonfle sous la dfina, un dessus trop rigide ne tombe pas. Nos caftans et robes marocaines reprennent cette coupe longue, en pièce simple ou à superposer.