Fouta : définition et origine

La fouta est une étoffe rectangulaire tissée à rayures, portée nouée à la taille en pagne-tablier par les femmes du Rif et du pays Jbala, et employée ailleurs au Maghreb comme linge de hammam.

Un même mot, donc, pour deux objets que seul le tissage rapproche. Cette polysémie est fréquente dans le vocabulaire des étoffes maghrébines, comme le montre notre guide du vestiaire marocain, où plusieurs termes désignent tantôt une pièce d'habillement, tantôt un usage domestique.

Le tissage

La fouta est tissée à plat, en armure toile ou en petites côtes, sur un métier étroit : la largeur de la pièce est celle du métier, et les lisières sont donc franches, non coupées. Les extrémités restent en franges nouées, obtenues à partir des fils de chaîne. Le décor est fait de bandes de couleur parallèles à la trame, plus rarement de carreaux. Les versions rurales du nord marocain sont en laine, souvent mélangée de coton, tandis que le linge de bain est presque toujours en coton. La qualité de la matière première compte autant que le tissage lui-même : une laine bergère bien préparée donne une étoffe qui garde ses rayures nettes après lavage. Les ateliers de la région de Chefchaouen comptent parmi ceux qui ont maintenu cette production.

La fouta comme vêtement

Dans le Rif et chez les Jbala, la fouta se porte par-dessus la robe ou la gandoura, pliée et nouée sur les hanches, parfois doublée d'une seconde pièce à l'arrière. Les rayures sont typiquement rouges et blanches, le rouge venant historiquement de la garance. C'est un vêtement de travail avant d'être un costume : il protège la robe, sert de tablier aux champs et au marché, et se dénoue en un geste. À la différence du haïk, qui enveloppe tout le corps dans un drapé continu, la fouta ne couvre que le bas et se noue.

La fouta comme linge

Le second emploi, largement diffusé hors du Maghreb, est celui du linge de hammam : une pièce fine, peu absorbante au premier contact mais qui sèche vite et prend peu de place. C'est la même construction à plat, sans bouclettes, qui explique ces qualités. Le tissage à plat est d'ailleurs une constante de l'artisanat textile marocain, du linge au hanbel posé au sol.

L'erreur fréquente

Les boutiques françaises réduisent souvent la fouta à la seule serviette de plage dite tunisienne, en ignorant l'usage vestimentaire rifain. La conséquence est double : le mot perd sa profondeur, et les pièces vendues sous ce nom sont souvent des tissages industriels sans rapport avec la production artisanale. Un repère simple : une fouta tissée sur métier étroit a des lisières nettes sur les deux longs côtés et des franges nouées à la main aux extrémités, jamais un ourlet piqué sur les quatre côtés.

À l'usage, une fouta se lave à l'eau tiède, se sèche à plat et gagne en souplesse au fil des lavages. On la range pliée, non roulée, pour éviter que les franges ne s'emmêlent — un principe de rangement que l'on retrouve pour les pièces de fête de la collection caftans et robes marocaines.

Voir aussi

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