Le haïk est une grande pièce d'étoffe rectangulaire non coupée, le plus souvent blanche ou écrue, que les citadines de Tanger, Tétouan, Fès ou Alger drapaient sur tout le corps et fixaient par des fibules jusqu'au milieu du XXe siècle.
Il s'agit d'un vêtement de sortie, pris par-dessus la tenue d'intérieur au moment de franchir le seuil, et déposé au retour. Il occupe donc dans le vestiaire une place bien précise, que notre guide du vestiaire marocain situe parmi les pièces d'extérieur.
Une étoffe, pas un patron
Le haïk n'est pas cousu. C'est un rectangle tissé, de plusieurs mètres de long, aux lisières franches et aux extrémités parfois frangées. Rien n'y est coupé ni assemblé : toute la mise en forme se fait sur le corps, par pliages et enroulements successifs, puis par des points de fixation. Ces points sont l'affaire des fibules tizerzai dans les usages amazighs, d'épingles ou de simples nœuds ailleurs. La matière varie selon la ville et la saison : laine fine pour l'hiver, coton pour l'été, avec des tissages plus ou moins serrés. Les ateliers de Tanger et du nord ont produit certaines des versions les plus légères.
Le drapé et ses variantes
Le geste diffère d'une ville à l'autre, et c'est ce qui rendait le haïk lisible socialement : la manière de le porter indiquait la région, parfois le quartier. À Alger, le drapé dégage un seul œil ; à Tétouan et à Tanger, il se ferme différemment sur le visage. Le haïk a des cousins directs dans tout le Maghreb : le sefsari tunisien répond au même principe de pièce non coupée, et la melhfa saharienne procède du même drapé, mais colorée et portée autrement.
L'erreur : ce n'est pas un voile cousu
On assimile souvent le haïk à un vêtement religieux confectionné. C'est doublement inexact. D'abord, il n'est pas confectionné : le distinguer d'une pièce cousue est le point de départ pour le comprendre, parce que tout son fonctionnement tient au drapé et aux fibules, non à une coupe. Ensuite, sa fonction était d'abord sociale et urbaine — un vêtement de rue, marqueur de statut citadin et de pudeur codifiée, que les femmes des campagnes ne portaient généralement pas, leur usage privilégiant d'autres pièces comme le hanbel pour la maison ou la handira pour la cérémonie. Son abandon progressif au XXe siècle relève de l'histoire du costume urbain, pas d'une évolution religieuse.
Ce qu'il en reste
Le haïk a disparu de l'usage quotidien mais son vocabulaire persiste : la ceinture hzam qui le retenait parfois à la taille est toujours tissée, et les motifs au henné qui accompagnaient les cérémonies où on le portait n'ont pas cessé. Sur le plan pratique, il rappelle une leçon simple : une étoffe non coupée s'adapte à tous les corps et ne s'use pas aux coutures. Un textile ainsi conservé se plie sans pli marqué et se range à plat, à l'abri de la lumière, comme les pièces de la collection caftans et robes marocaines.