Le henné est la poudre obtenue en broyant les feuilles séchées de Lawsonia inermis, arbuste cultivé notamment dans le Tafilalet et la vallée du Draa, employée au Maroc pour tracer des motifs sur la peau et comme colorant des cheveux et de certaines fibres.
Son usage est d'abord cérémoniel : il accompagne les mariages, les naissances et les fêtes, aux côtés des pièces d'apparat que recense notre guide du vestiaire marocain.
De la feuille au motif
Les feuilles récoltées sont séchées puis réduites en poudre fine. Cette poudre est mélangée à un liquide légèrement acide et laissée reposer plusieurs heures : la molécule colorante doit migrer hors de la matière végétale avant de pouvoir se fixer. La pâte est ensuite appliquée au cône ou à la seringue, laissée à sécher, puis retirée. La couleur n'apparaît pas immédiatement — elle s'installe et fonce pendant un à deux jours. Le résultat est un brun-orangé plus ou moins soutenu selon la peau, la durée de pose et la chaleur ambiante. Sur les cheveux, le même principe donne des reflets cuivrés qui ne décolorent pas la fibre mais s'y déposent.
Un répertoire de motifs
Les dessins ne sont pas libres : ils reprennent des vocabulaires régionaux, géométriques et serrés dans le sud, plus floraux et déliés dans les villes du nord. Ces répertoires communiquent avec ceux du tatouage amazigh, dont ils partagent une partie des signes, à cette différence près que le henné est temporaire. Comme colorant, le henné appartient à la même famille d'usages que la garance pour les rouges textiles, ou que le safran de Taliouine pour les jaunes, chacun avec sa chimie propre.
L'avertissement : le prétendu henné noir
Le henné végétal ne donne jamais du noir. Les préparations vendues sous le nom de « henné noir », qui colorent en quelques minutes et laissent un trait très sombre, contiennent de la paraphénylènediamine, ou PPD, un additif de teinture capillaire interdit en application directe sur la peau. Les réactions rapportées vont de la dermatite de contact sévère, avec cloques et cicatrices durables reproduisant le dessin, à une sensibilisation permanente qui rend ensuite risquée toute coloration capillaire contenant la même famille de molécules. Deux repères pratiques : un henné authentique met plusieurs heures à poser et donne une couleur brune, jamais noire d'emblée ; une pâte qui sent fortement le produit chimique et qui teinte en moins d'une demi-heure doit être refusée.
Ce que cela change à l'usage
Un motif au henné véritable tient de une à trois semaines et s'efface avec le renouvellement naturel de la peau. Il tache durablement les textiles clairs : la pâte, tant qu'elle n'est pas sèche, marque les étoffes de manière irréversible, ce qui vaut pour une jellaba claire comme pour un jabador de fête. On applique donc le henné avant de s'habiller, jamais après, et l'on évite d'ajuster une ceinture hzam ou de manipuler des tissus teints à l'indigo tant que les mains ne sont pas sèches. Même prudence avec les accessoires : mieux vaut reprendre un sac de la collection sacs marocains une fois la pâte entièrement retirée.