Migration de plastifiant : définition et usage

La migration de plastifiant est le déplacement progressif, hors du polymère qui les contient, des molécules ajoutées pour le rendre souple : elles remontent en surface, rendent la matière poisseuse au toucher, puis, une fois parties, laissent derrière elles une enduction sèche et cassante.

Le phénomène ne concerne que les matières dont la souplesse est apportée par un additif. Un plastifiant n'est pas lié chimiquement à la chaîne polymère : il s'y insère mécaniquement, et rien ne l'empêche d'en sortir. C'est pourquoi le PVC (polychlorure de vinyle) y est particulièrement exposé, là où les polyuréthanes bien formulés, souples par nature, le sont beaucoup moins. Le guide des matières de maroquinerie en fait l'un des critères qui séparent une enduction durable d'une enduction bon marché.

Les deux stades du défaut

Le premier stade est collant. La surface accroche le doigt, garde les empreintes, attire la poussière et retient les fibres. Le film paraît gras alors qu'aucun produit n'a été appliqué. On le confond souvent avec une efflorescence de surface, qui produit au contraire un voile poudreux et sec, plus blanc que brillant.

Le second stade arrive plus tard, quand une part suffisante des molécules est partie : la matière perd sa souplesse et se met à travailler comme une feuille. Aux points de flexion — l'anse, le pli du rabat, l'angle de fond —, apparaissent des craquelures qui ouvrent le film jusqu'au support. C'est le stade irréversible : on peut nettoyer le poisseux, on ne peut pas rendre à une enduction le plastifiant qu'elle a perdu.

L'erreur fréquente : deux plastiques rangés l'un contre l'autre

Le piège tient en un geste banal. On range un sac dans une housse plastique, on glisse une pochette dans un tiroir contre un étui, on empile deux articles enduits face contre face, on laisse une bandoulière pressée contre un plateau de bureau vernis. Un plastifiant migre volontiers vers un autre plastique, qui l'absorbe : le contact prolongé ne fait pas qu'accompagner la migration, il l'appelle. Ajoutez la chaleur d'un placard mansardé ou d'un coffre de voiture, et le mouvement s'accélère. Deux matières qui se collent l'une à l'autre au déballage sont le signal.

À l'usage, la parade est mécanique plutôt que chimique. On range chaque article dans un sac en coton respirant, sans housse étanche, on évite le contact direct entre deux surfaces enduites, on ne laisse rien sous presse, et l'on tient les pièces à l'écart des sources de chaleur. Une matière déjà poisseuse se traite à l'eau tiède très légèrement savonneuse, séchée immédiatement — jamais avec un solvant, qui achève d'extraire ce qui reste.

Ce défaut n'a rien à voir avec les altérations d'un textile. Une mousseline ne devient pas poisseuse, elle se lustre ; un nappa animal ne migre pas, il se dessèche ; une matière à base de mycélium dépend de son vernis de surface, pas d'un additif de souplesse. En revanche, un article laissé humide sous housse cumule deux risques : le collant et la moisissure. C'est la raison pour laquelle nos sacs en simili cuir végane et notre petite maroquinerie se rangent au sec, à plat, sans emballage hermétique.

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