Le simili cuir PU et le cuir animal se distinguent d'abord sur un plan juridique avant d'être une affaire de goût : en France, le décret 2010-29 réserve le mot « cuir » aux matières obtenues à partir de la peau d'un animal, si bien qu'un revêtement en polyuréthane ne peut jamais être désigné comme du cuir, quelle que soit sa ressemblance visuelle.
C'est pourquoi ce que le commerce appelle couramment « cuir vegan » n'est pas du cuir : c'est un polyuréthane appliqué sur un support textile, et l'appellation exacte est simili cuir PU (polyuréthane), sans matière animale. Cette précision n'est pas un détail de vocabulaire — elle conditionne ce qu'on peut attendre de la matière. Le guide des matières de maroquinerie reprend l'ensemble de ces familles ; la présente page s'en tient à l'arbitrage entre les deux.
Le cuir animal : la longévité et la patine
Le cuir animal fait très bien une chose que rien d'autre ne fait de la même façon : il vieillit en se transformant plutôt qu'en se dégradant. Sa structure fibreuse absorbe les corps gras, se fonce aux points de contact, se marque là où le sac plie, et produit une patine qui appartient à celle qui l'a porté. Un article en cuir bien traité peut se transmettre, se recoudre, se reteindre. Ses deux grandes familles de traitement — comparées dans notre page sur le tannage végétal et le tannage au chrome — donnent des matières très différentes en souplesse et en tenue de couleur.
Sa limite réelle est double, et elle n'est pas seulement éthique. Le cuir suppose l'élevage et l'abattage : c'est rédhibitoire pour une partie des acheteuses, et c'est la raison d'être d'un vestiaire sans matière animale. À cela s'ajoute une réalité d'usage : le cuir demande un entretien régulier, craint l'eau prolongée et les taches grasses, pèse plus lourd à surface égale, et son prix d'entrée sérieux est élevé. Un cuir bon marché mal fini vieillit d'ailleurs mal, ce qui annule l'argument de longévité.
Le simili cuir PU : la matière sans animal, à durée de vie bornée
Le simili cuir PU offre un rendu régulier, un grain choisi, un poids contenu, une bonne résistance aux taches courantes et un nettoyage simple au chiffon humide. Il n'implique aucune matière animale, et le contrôle de la couleur y est plus stable que sur une peau, dont chaque lot diffère. C'est la matière de nos sacs en simili cuir PU et de la petite maroquinerie.
Sa limite est nette et nous la disons franchement : un PU de qualité a une durée de vie de trois à cinq ans en usage courant, et il ne patine pas — il s'use. Le polyuréthane finit par se craqueler ou se décoller de son support, phénomène qui commence presque toujours aux zones de pliure et aux tranches. Il ne se répare pas comme un cuir : on ne recolore pas une couche de PU fissurée. C'est un choix de renouvellement, pas d'héritage. La façon dont sont traitées les bordures pèse d'ailleurs beaucoup sur cette échéance, comme l'explique la comparaison entre la tranche peinte et la tranche repliée.
Critère par critère
- Durée de vie : avantage franc au cuir animal, entretenu il se compte en décennies ; le PU de qualité se compte en années.
- Vieillissement : le cuir patine et gagne du caractère, le PU s'use sans jamais embellir.
- Réparabilité : avantage cuir, qui se recoud, se nourrit et se reteint ; une couche de PU fissurée ne se rattrape pas.
- Absence de matière animale : avantage exclusif au simili cuir PU, c'est sa raison d'être.
- Poids : avantage PU à surface égale, ce qui se sent sur un grand format.
- Régularité d'aspect : avantage PU, dont le grain et la teinte sont homogènes d'un exemplaire à l'autre.
- Entretien courant : avantage PU, qui s'essuie ; le cuir demande un soin périodique.
- Appellation légale : seul le cuir animal peut être appelé cuir, le reste doit être nommé simili cuir PU.
Le verdict
Le cuir animal gagne pour la lectrice qui achète peu, garde longtemps et accepte d'entretenir : un sac destiné à durer des décennies, éventuellement à être transmis, chez quelqu'un que l'origine animale ne rebute pas. Sur cette temporalité-là, aucun polyuréthane ne tient la comparaison, et il serait malhonnête de prétendre le contraire.
Le simili cuir PU gagne pour la lectrice qui a fait le choix d'un vestiaire sans matière animale et l'assume avec ses conséquences : renouveler l'objet tous les trois à cinq ans, ne pas attendre de patine, privilégier la légèreté et la facilité d'entretien. C'est aussi le bon choix pour un format très marqué par la mode, qu'on ne compte de toute façon pas porter vingt ans. Les autres arbitrages sans matière animale sont traités à part : le simili cuir PU face à la microfibre pour l'usage intensif, et la toile de coton face au simili cuir PU pour la légèreté contre la tenue.